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Depuis plusieurs mois déjà, nous avons décidé de ne plus faire évoluer le site www.novorga.fr, constatant que la société n'est pas prête à se confronter aux crues réalités de sa condition. Aveuglés par un environnement médiatique et culturel qui empêche toute réflexion critique, les travailleurs-consommateurs se vouent sans retenue à leur servitude insensée, se posant leurs propres chaînes sans oser affronter les causes de leur misère.

Notre espoir se fonde désormais sur les conséquences catastrophiques qui nous fracasseront à très brève échéance contre les murs politiques, économiques et environnementaux, impasses qui ouvriront, tardivement certes, les yeux d'une société aux abois. Il ne nous semble donc plus nécessaire de nous exprimer tel un Don Quichotte vertueux. Le cataclysme proche fera son œuvre.

Dans les jours à venir, nous mettrons fin définitivement aux publications de notre site. Nous remercions les rares intervenants qui nous ont soutenu dans cette aventure et les invitons à rester vigilants et à poursuivre leur lutte contre les pouvoirs.

Merci !

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Il n'y a pire système de domination que celui qui s'exerce dans l'entreprise. Nous écartons pour l'instant les très petites entreprises où la sauvagerie atteint parfois des sommets et où le pouvoir de l'employeur est despotique, c'est-à-dire sans aucun contre-pouvoir autre que celui qui renforce sa domination. Nous y reviendrons. Nous aborderons plutôt la situation assez croustillante de pouvoirs s'exerçant dans les entreprises de taille moyenne et au-delà, car ceux-ci participent activement à l'illusion d'une réponse des représentants des salariés, en réalité plus préoccupés par leur propre sort que par l'objet même de leur activité : la conquête de droits nouveaux. Singeant la démocratie sur le modèle politique, le pouvoir de l'entreprise, qu'il soit patronal ou syndical, se pare d'un dialogue dit social qui se traduit par un tête-à-tête bien sympathique. Car non seulement, cette représentation s'exerce sous le couvert d'une confidentialité sagement respectée par les « partenaires sociaux », mais ces derniers se plient à un cérémonial sans véritables conséquences. Ces représentants subissent en fait la même insécurité que leurs collègues non protégés. Si ce n'est le patron qui met tout en œuvre pour tenter de licencier un délégué récalcitrant, c'est le syndicat lui-même qui peut écarter un militant gênant. Les intérêts supérieurs, économiques bien entendu, mais sous certains aspects syndicaux aussi, valent bien ce sacrifice.

La protection légale, indispensable pour exercer une fonction réputée sensible, confère en théorie une liberté de parole que ne peuvent se permettre les salariés. Mais la pression sociale en entreprise, la pression des syndicats eux-mêmes à l'égard de leurs syndicalistes, peut conduire à des travers tels, que la rencontre entre le patron et ses syndicalistes ne constitue plus qu'une formalité servant à afficher des principes démocratiques trompeurs. C'est donc dans le cadre d'un rituel imposé par le code du travail que ces fameux représentants du personnel « affrontent » leur employeur lors des nombreuses réunions formelles protégées par un confortable huis-clos. Ces représentants invoquent bien souvent la nécessité d'un rapport de force pour légitimer les revendications et se donner plus de poids, alibi bien commode permettant de justifier leur incapacité à organiser la réponse syndicale adéquate par un faible soutien des salariés. Mais si ce soutien est à ce point faible – moins de 8 % des salariés sont syndiqués – c'est notamment parce que le système de délégation stérilise toute chance de la moindre avancée sociale. Les miettes offertes sporadiquement par les patrons seront présentées comme des succès de luttes, chèrement acquises au prix de grèves fort coûteuses... pour les salariés qui ne bénéficient pas de temps de délégation légal. Il ne s'agit pourtant que de miettes, contrepartie très inégale face aux revendications patronales, remportées celles-là par le simple exercice de leur pouvoir dans l'entreprise. Sa Majesté se dit magnanime par l'acceptation d'un dialogue avec ses courtisans, porte-paroles de la plèbe laborieuse. Tout ce petit monde fait ainsi croire en l'efficacité d'un système soi-disant équilibré entre le pouvoir régalien du patron et la réponse syndicale, contre-pouvoir justifiant les méthodes les plus rétrogrades avec l'assentiment implicite de représentants complices.

Les comportements syndicaux entre fonctionnaires et salariés du secteur privé se distinguent considérablement par leur différence de statuts. Si les agents de la fonction publique, qu'ils soient syndiqués ou non, ne risquent guère leur poste, il en est tout autre des salariés du secteur privé qui, dès lors qu'ils se font élire comme représentant du personnel, ne bénéficient qu'alors d'une certaine sécurité. C'est justement l'insécurité des salariés non investis d'un mandat qui fausse considérablement le rôle des représentants dans leur entreprise. Tandis que les fonctionnaires bénéficient de moyens pour agir effectivement, dans les entreprises privées, ce n'est finalement pas la lutte syndicale qui compte, mais bien la lutte des places, celle assurant une certaine pérennité à des représentants sous contrainte. C'est ainsi que l'on constate une véritable tension au sein même des sections syndicales lorsque le nombre de postes d'élus risque de ne pas satisfaire les besoins exprimés. La guerre des chefs, assassine dans le monde politique, obéit aux mêmes réalités dans les entreprises privées. Et pour trancher les litiges, les syndicats sont bien en peine pour faire la part des choses. Le syndicalisme en France correspondant à un tas de ruines, il est bien difficile aux dirigeants syndicaux de ne pas se faire éconduire par un fin limier, suffisamment manipulateur pour s'octroyer la place qui lui convient. Les besoins en effectifs étant essentiels, on ne fera pas trop la fine bouche pour accueillir le tout-venant. Si vous avez la fibre politique, celle correspondant à l'esprit marxiste-léniniste et apparentés, la CGT vous ouvrira grands les bras et vous préférera au syndicaliste même proche des salariés mais peu enclin à suivre la ligne politique. Sinon, la CFDT, autre grand syndicat qui ne survit que grâce à ses « capacités de dialogue », a actuellement le vent en poupe. Soutenu par un pouvoir politique aux avant-gardes de la pression sociale, ce syndicat, tout aussi intéressé par les subsides généreusement distribués « pour le fonctionnement de l'organisation », accompagne les régressions sociales en se livrant à un dialogue qui ne bénéficie nullement aux salariés. Suivi de très près par la CGT qui souhaite s'atteler au principe rentable du « dialogue social », les autres syndicats ne font que corroborer leur participation au déclin à grandes enjambées des conditions de travail et de l'emploi. Leur discours, souvent peu travaillés, donnent l'apparence d'un combat syndical « raisonnable » dont le résultat témoigne de l'inefficacité (voulue ?) d'organisations illégitimes.

Il suffit de constater les résultats de la « lutte » contre la loi Travail pour se rendre compte que les efforts des salariés, qui ont bien voulu sacrifier leur salaire à l'appel aux grèves des organisations syndicales, se sont soldés par un énième échec d'un combat perdu d'avance. À l'image des grandes manifestations contre la loi régressive sur les retraites en 2010, manifestations stériles arrêtées par un certain Bernard Thibault qui ne souhaitait pas « bloquer l'économie », les sacrifices des salariés qui ont cru au discours de lutte sont repartis dans leurs entreprises sans la moindre conquête. Et pendant ce temps, le chômage ne cesse de croître quel que soit le gouvernement à l’œuvre, qu'il soit de droite ou de gauche. Et pendant ce temps, le Front national antisyndical ne cesse d'accroître sa popularité parmi les travailleurs, mêmes les plus précaires. En ne se préoccupant que de leur propre sort, appuyant le mensonge généralisé par une comédie bien huilée, tous les acteurs de la vie politique et syndicale sont responsables de cette situation. Ils récoltent le dégoût de leurs sujets par une abstention qui ne fait que traduire le refus de participer à cette comédie de la représentation. Si cette abstention ne se vérifie pas forcément lors des élections professionnelles, celles-ci ne sont que le reflet d'une tromperie réussie grâce à une communication tous azimuts pourtant simpliste et clientéliste. La pression dans les entreprises privées est à ce point forte que la moindre opposition, même simulée, suffit à lever l'approbation des salariés. Il suffit pourtant de faire le bilan non des actions syndicales, mais plutôt des victoires remportées, pour se rendre compte de l'inutilité de ces organisations, voire de leur nocivité, car en effet, on se rendra vite compte de l'immobilisme d'une situation sociale qui n'a aucune chance de progresser sans un véritable combat auquel participeraient activement les salariés. Cette participation ne peut évidemment se concevoir que dans la mesure où, comme pour la fonction publique, les salariés ne risquent pas leur poste à la moindre grève. En attendant, les politiques font perdurer pour un temps encore des organisations de contre-pouvoir dans les entreprises avec l'illusion que la démocratie serait respectée. Il est clair que dans le cadre très particulier des entreprises privées, microsociété fermée qui ne tolère que la rentabilité exigée par les actionnaires, ladite démocratie n'a de démocratique qu'un affichage trompeur illustré par des élections qui ne font que confirmer des acteurs, toujours les mêmes, profitant de leur situation privilégiée.

Si la démocratie politique constitue un piège pour les citoyens qui désignent leurs maîtres pour mieux les servir, la démocratie en entreprise ne s'offusque guère du pouvoir absolu des patrons, agissant dès lors comme un monarque de l'Ancien Régime. Mais l'honneur est sauf, grâce à des mécanismes empruntés à la démocratie politique bourgeoise, héritée de la Révolution française et jugulant le mécontentement de la populace. Les élections professionnelles, paravent masquant des pouvoirs complices entre un chef suprême et sa cours, ne servent que de faire-valoir à un système qui n'avantage véritablement que les patrons. Qui des salariés, lorsqu'ils se voient désormais obligés à passer le plus clair de leur temps au travail, subissant les assauts d'une hiérarchie pressée et pressante pour satisfaire des objectifs de plus en plus inatteignables, voit clair dans ce jeu de dupes ? Qui est capable de se rendre compte de la supercherie démocratique quand les électeurs citoyens perçoivent certes l'inefficacité de leurs représentants politiques, mais en les mettant en cause personnellement, alors qu'en réalité, c'est plutôt l'organisation démocratique qui constitue le véritable piège. Une démocratie assortie des trois principes de sa justice, à savoir des représentants issus du peuple, tirés au sort pour un temps court, doit être le modèle permettant d'établir une véritable représentation des salariés. Tout autre système conduit inévitablement à des biais qui ne bénéficient pas à la démocratie. Que faire dans cette attente ? Comme pour le monde politique, nous préconisons l'abstention massive pour provoquer l'effondrement d'un système trompeur. Lorsque les élections perdent leur légitimité, le pouvoir change de mains. Le peuple, les salariés commencent dès lors à mener la danse.

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