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Le doute n'est plus permis lorsqu'il s'agit de constater le comportement des électeurs : l'abstention semble bien se hisser sur le podium politique comme premier parti de France. Chaque commentateur de la politique, pétri de ses intérêts personnels, aura sa propre version de cette situation. Certains se plaindront de l'irrationalité, voire de l'irresponsabilité des électeurs, pour les culpabiliser en démontrant leur inculture politique. D'autres, à peine plus habiles, agiteront l'épouvantail du Front national, convaincus qu'ils pourront de cette manière guider les électeurs vers un vote « raisonnable ». Pourtant, Il n'y a pas plus raisonnable que cette masse croissante d'électeurs qui constate l'échec des politiques de tous bords et surtout, de leur incapacité à servir la cause du peuple, celle pour laquelle nos élites ont pourtant été désignées. Entré en scène grâce à l'instauration du vote à la proportionnelle sous le règne de François Mitterrand, c'est justement cet épouvantail, le Front national, qui se fait l'arbitre d'une alternance bien commode entre gauche et droite. C'est ainsi que l'oligarchie politique se réserve l'assurance du pouvoir sans être obligée de tenir compte des aspirations du peuple. Voila ce qui explique la surenchère droitière de la gauche, plus réactionnaire encore que son camp adverse. Entre la stratégie de la peur pour forcer les électeurs de gauche à ne pas s'abstenir et un programme réactionnaire servant à écumer des votes à droite et à l'extrême droite, le pouvoir dit de gauche, issu du parti socialiste, joue avec des allumettes.

Qu'à cela ne tienne. Aidons le pouvoir à craquer ces allumettes et laissons-le mettre le feu à une démocratie qui ne sert que les intérêts des plus nantis. Les électeurs ont finalement compris qu'ils ne sont que les dindons d'une farce qui se joue depuis plus de trente ans. Il ne s'agit plus de valider les aspirations politiques du peuple par un système dit démocratique et qui légitimerait le pouvoir par son action protectrice, mais d'assurer la pérennité d'un système politique pour une classe de privilégiés au service de l'oligarchie économique. Au-delà d'un système hiérarchique politique qui posait les conditions de son fonctionnement dans le cadre d'un État souverain au service d'une économie capitaliste, l'expansionnisme irrépressible de ce système a conduit à la mondialisation, une économie supranationale qui s'affranchit des règles trop contraignantes des États. Aujourd'hui, plus que jamais fidèles aux injonctions économiques, le pouvoir national ne s'offusque pas de céder l'essentiel de ses prérogatives à un système pseudo-politique et essentiellement économique, celui instauré au sortir de la seconde guerre mondiale par la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), prélude à la Communauté économique européenne (CEE) et devenue en 1993 l'Union européenne (UE). Il est désormais notoire que les « pères de l'Europe », en particulier Jean Monet, célébré comme l'artisan du renouveau économique du couple franco-allemand et agissant alors comme soldat de la CIA, souhaitaient instaurer une fédération européenne à l'image des États-Unis. Mais l'organisation économique européenne prévalant sur un système politique sans pouvoirs, il s'est instauré une dictature capitaliste qui dicte ses règles à des dirigeants nationaux serviles. Ces derniers, contraints par des règles économiques qui ne laissent plus aucune marge politique aux États, continuent à faire croire à une politique au service de la nation alors qu'il ne s'agit plus que de garantir une élection, l'élection présidentielle de 2017, consécration très hypothétique d'une hégémonie socialiste au sein de la gauche, une gauche au service de l'oligarchie économique européenne qui ne se distingue en rien de son alternative droitière.

La démocratie représentative, héritage bourgeois de la Révolution française, montre les insuffisances d'un système politique menacé par l'omnipotence des institutions de l'Union européenne. Les gouvernements successifs ont fait la démonstration de leur incapacité à faire valoir les intérêts nationaux au détriment d'un néolibéralisme agressif qui dicte ses règles. Les Français subissent les injonctions de l'Union européenne, injonctions qui menacent non seulement leurs libertés et leurs droits, mais qui imposent des contraintes sociales telles, qu'elles fragilisent l'équilibre de toute la société. Le système oligarchique européen lui-même, à l'origine des déséquilibres sociaux et économiques, n'a rien d'une démocratie. Singeant la démocratie parlementaire, déjà fort peu démocratique dans ses principes, le Parlement européen est dépourvu de l'initiative législative, dévolue à la seule Commission européenne. C'est cette institution qui serait seule apte à défendre l'intérêt général, c'est-à-dire celui d'un capitalisme européen protégé des velléités d'un peuple qui ne comprend rien. Ce dernier est représenté par les élus nationaux du Parlement européen (En France notamment José Bové, Patrick Le Hyaric, Marine Le Pen, Emmanuel Maurel, Jean-Luc Mélenchon, Nadine Morano et bien d'autres) avec des dénominations toutes plus prometteuses : « Europe des nations et des libertés », « Alliance progressiste des socialistes et démocrates », « Gauche unitaire européenne », « Parti populaire européen ». Tous les grands courants politiques français participent aux gesticulations sans conséquences et accompagnent une dictature qui impose au peuple ses dures réalités. Les intérêts personnels de ces dirigeants politiques prévalant sur les intérêts de leurs électeurs, ces derniers se laissent tromper par des règles « démocratiques » de l'Union européenne qui rendent inopérante toute contestation, tandis que l'oligarchie se moque des débats parlementaires, certaine de l'efficacité de la Commission européenne. Que valent dès lors les élections européennes s'il ne s'agit que de valider une comédie que l'on dira démocratique et qui n'est qu'une prude justification d'un système dictatorial que subissent tous les parlements des pays adhérents de l'Union européenne, Parlement européen compris ? Que vaut dès lors le discours consistant à s'organiser collectivement au niveau européen « pour éviter les guerres », tandis que la crise ukrainienne, guerre civile aux portes de l'Europe et casus belli entre les États-Unis et la Russie, semble présager une crise planétaire à l'instar de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand d'Autriche à la veille de la première guerre mondiale ? Notre aveuglement actuel nous coûtera nos libertés futures.

Si l'issue guerrière d'une démocratie à l'insu des peuples est une constante politique depuis son instauration par des pantins politiques qui se lavent les mains de leurs obligations représentatives, la représentation syndicale n'impose certes pas les mêmes conséquences. Mais dans le domaine qui est le sien et, s'inspirant profondément des mécanismes dits démocratiques, les effets trompeurs de la démocratie représentative en entreprise se manifestent avec autant d'ignominie que dans le domaine politique. Rien d'étonnant à cela, ce sont les législateurs qui calquent leur système sur celui de l'entreprise avec les contraintes patronales en plus. Car en effet, il ne s'agit pas de fragiliser l'entreprise, c'est-à-dire les profits, en laissant s'exprimer librement la démocratie sociale par les salariés. Ignorant du monde de l'entreprise, le législateur se laisse ainsi éconduire par les appels incessants du patronat à plus de liberté et moins de charges, cédant les libertés fondamentales des salariés avec les effets ignobles d'une tension sociale généralisée. C'est dans ce cadre très particulier où, les instruments légaux ne permettant aucun véritable contre-pouvoir, les représentants syndicaux n'ont d'autre alternative que de défendre l'utilité théorique de leurs actions syndicales. Pris au piège de leur rôle, ces défenseurs syndicaux interviennent avec la même ferveur que les parlementaires de l'Union européenne, certains cependant qu'ils ne pourront en rien influer sur le cours du capitalisme qui va son chemin et néanmoins contraint de participer à une comédie qui ne fait plus rire. L'issue de la fameuse loi Travail en est une illustration éclatante. Si dans cette lutte, Philippe Martinez a réussi à s'imposer comme à l'avant-garde de la contestation syndicale, les salariés ne sont néanmoins sortis victorieux de revendications patronales d'un niveau jamais égalé à ce jour. A ce rythme, on peut être certain de retourner à des conditions de travail qui rappellent celles subies avant... 1936 !

Et pourtant, malgré la désaffection syndicale qui fait des syndicalistes français les moins bien représentés en Europe, les élections professionnelles sont un véritable plébiscite qui entretient l'illusion démocratique. Si la défiance ne s'exprime pas avec les mêmes taux d'abstention que pour les élections politiques, c'est bien le cadre très particulier de l'entreprise qui génère des comportements hésitants entre la franche collaboration et les réserves prudentes face au risque d'une mise à l'écart économique. La contrainte économique pèse si lourd dans les esprits que le système démocratique en entreprise, qui n'est qu'une monarchie bienveillante, dénonce son inefficacité bien plus fortement que dans l'univers citoyen. Les élus règnent ainsi sans partage, souvent durant des décennies, aux côtés de leur patron, trop proche pour exercer véritablement un contre-pouvoir. Que ne ferait-on pas pour garder son emploi, surtout lorsque les pouvoirs politiques et syndicaux accompagnent le patronat dans sa quête d'une tension sociale maximum pour imposer la quintessence de la productivité ? Il est pourtant une arme simple pour répondre à cette infâme tromperie, celle qui se fait une place prépondérante dans le monde citoyen et qui échappe pour l'instant à l'entreprise : l'abstention. Si cette arme reste la seule pour opposer un refus efficace de la pression sociale, il faut l'affûter pour qu'elle devienne aussi une menace contre nos gouvernants. Lorsque, grâce à l'abstention massive, la tension changera de camps, les élites prendront peut-être conscience d'une démocratie dont le peuple ne veut plus. Ce sera alors le moment de nous manifester pour faire valoir nos propres exigences, celles que l'on piétine par des lois régressives imposées par l'élite socialiste, celles qui sèment pauvreté et précarité par allégeance politique à la caste oligarchique européenne.

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