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Voilà l'exemple d'une organisation qui, par sa seule présence sur le théâtre politique, obscurcit tous les horizons possibles d'un renouveau permettant au peuple d'exercer sa souveraineté. Son approche gauchiste, sa participation active au simulacre démocratique affaiblit considérablement tout espoir d'un bouleversement politique. Il suffit de s'enquérir du discours de cette formation pour se rendre compte de l'inanité d'une orientation qui n'a que pour seule arme le rassemblement « le plus large » de la gauche. Mais de quelle gauche parlent-ils donc ? De celle qui s'est rendue orpheline par son émiettement politique ? De celle qui s'allie à la social-démocratie au pouvoir ? De celle qui « dépasse » les clivages sectaires quelle qu'en soit l'issue, pourvu que le rassemblement se fasse ? Ces révolutionnaires de salon estiment que tout changement ne peut survenir que par la rue, à l'image des printemps arabes, seule méthode permettant d'opposer un rapport de force. C'est oublier un peu vite les capacités des pouvoirs oligarchiques à saisir de telles opportunités pour renforcer leur mainmise sur une société qui n'est pas prête à se saisir du pouvoir et le garder. C'est oublier aussi que la politique n'est pas qu'une partie de causeries qui prend ses racines dans un passé révolutionnaire romantique semé d'échecs, que ce soit la révolution russe de 1917, les sympathiques sautes d'humeur de 1968 et bien d'autres trotskisteries qui ont bénéficié à des ténors, aujourd'hui plutôt complices du capitalisme mondialisé. Les Mélenchon, Cambadélis, et autre Moscovici oublient volontiers leurs fondamentaux socialistes s'il s'agit de défendre leur poste. La formation Ensemble n'est pas très regardante non plus, et transforme à sa guise, comme tous les partis politiques, des réalités qui n'en sont pas, des idéologies gauchistes de hurluberlus qui font à leur tour carrière dans la politique.

Car très éloigné d'une conception démocratique consistant à céder la voix au peuple, la formation Ensemble s'est construite essentiellement autour de personnalités du monde syndical, communistes et trotskistes, figures politiques dont l'unique préoccupation est de participer au jeu des postes attribués grâce aux élections. Le « rassemblement » constituant le moteur de son action, cette formation politique, synthèse d'une fusion de groupuscules politiques opérée en 2013 et composante historique du Front de gauche, se fourvoie dans un principe qui repousse à la marge la question essentielle de la souveraineté populaire. Certes, on évoque un projet politique que l'on dit émancipateur et qui consiste à proposer une alternative anticapitaliste, mais cette réponse s'inspire directement d'une idéologie internationaliste illusoire et des méthodes d'un syndicalisme trompeur qui fragilise la contestation au lieu de la rendre efficace. Car combattre le capitalisme ne peut se satisfaire des règles qu'il impose à ses serviteurs, les élus politiques et syndicaux, autorisés dès lors à participer à un contre-pouvoir totalement inepte, mais qui offre un visage démocratique à un système qui ne l'est pas... et des sièges bien confortables. Faire participer la contestation anticapitaliste en l'invitant à s'intégrer aux règles des élections « démocratiques » permet de réduire au silence et pour longtemps une contestation sous contrainte. Cette contrainte forte, l'impossibilité d'une « révolution par les urnes », ne s'impose non seulement aux bouleversements sociaux que la formation Ensemble appelle de ses vœux, mais naturellement aussi dans sa vision anticapitaliste d'une Europe qu'elle souhaite « sociale, démocratique et écologique, affranchie de tous les traités libéraux ».

Tout un programme ! Non seulement cette formation préfigure dans ses textes de référence de son incapacité à intervenir en France au nom du peuple qu'elle dit représenter, mais elle annonce très clairement, à la manière d'un parti communiste français exsangue, son engagement pour une Europe sociale en combattant l'Europe capitaliste avec les règles institutionnelles imposées par l'oligarchie politique. Autant dire qu'il n'existe pas la moindre chance pour conquérir cette Europe-là par le biais des urnes, à la manière des principes fondateurs d'un parti de gauche tout aussi exsangue. En revanche, si l'obéissance citoyenne dans ce cadre mène évidemment à l'échec, la stratégie politique offre bien la possibilité aux ténors de ce « parti » de se pourvoir en sièges auprès de toutes les institutions de notre pays et au-delà. Sur les traces d'un Jean-Luc Mélenchon, parlementaire européen qu'elle suit sur sa route oligarchique, Clémentaine Autain, elle-même Conseillère municipale à Sevran, Conseillère régionale d'Ile-de-France, ancienne Conseillère de Paris et candidate à l'élection présidentielle de 2007, ne rechigne pas à sacrifier son temps à la chose publique, temps indemnisé par des prébendes que n'osent imaginer les salariés précaires et autres chômeurs. D'ailleurs, tout ce petit monde qui se prête au jeu dit démocratique et qui intervient avec la virulence de circonstance, ne s'illustre pas particulièrement par sa sociologie ouvrière. D'ouvriers, qui confirmeraient un imaginaire marxiste persistant, il n'y en a guère à Ensemble. Si certains militants ouvriers se sont certes perdus dans une formation qu'ils ne soutiennent en général pas longtemps, les dirigeants de ce parti n'ont absolument rien d'ouvriers. Il n'y a pas de sots métiers, d'accord. Mais pourquoi continuer à véhiculer une imagerie d’Épinal, alors que la société, même dans sa composante de classe, s'est profondément modifiée ?

Lorsque certains militants de cette formation, dirigeants syndicalistes qui font feu de tout bois, claironnent l'idéologie d'une mutation des classes sociales pour ne retenir plus que les « ouvriers du numériques », c'est pour corriger un discours qui trahit son incohérence devenue criante. Les ouvriers de l'industrie lourde d'hier seraient devenus les ouvriers du numérique d'aujourd'hui. Or, affirmer cela revient à poursuivre l'aventure gauchiste sans heurts, c'est-à-dire valider toute l'idéologie marxiste sans devoir expliquer ou réexpliquer les mutations tant sociologiques, économiques, historiques, philosophiques et politiques survenues durant plus d'un siècle en France et dans le monde. C'est ignorer que le capitalisme mondialisé n'a que faire des tergiversations d'une petite formation politique qui explique que le monde ouvrier est intact et qu'il ne suffirait que de peu pour que survienne la Révolution émancipatrice. C'est accompagner en même temps l'idée essentielle du patronat à vouloir faire de la France industrielle, déjà bien décousue, une France numérique pour réaliser, à l'image de la Révolution industrielle, une Révolution numérique faite d'« ouvriers » serviables et corvéables à merci. Cet exemple montre à quel point un tel contre-pouvoir, même s'il n'est que symbolique, est utile aux pouvoirs oligarchiques. Il rétablit un équilibre acceptable dans une orientation dont il se fait complice en s'y vautrant, à contre-sens certes, mais en n'étant plus capable de contredire « la marche du temps », irrémédiable, indépassable, de fait. L'important pour cette oligarchie n'est pas tant de s'imposer, mais plutôt de se prêter au jeu des contre-pouvoirs pour donner du sens à l'inconcevable... validé de la sorte par des syndicalistes impliqués dans une formation politique tout aussi parasite. Il ne s'agit pas de se demander si les orientations capitalistes sont légitimes, mais plutôt de s'interroger sur le devenir des travailleurs dans cette nouvelle configuration. C'est accepter en même temps que le capitalisme ne peut être combattu et se réserver la lutte syndicale et politique pour assurer une certaine longévité aux postes des dirigeants politiques et syndicaux. Pendant ce temps, les militants y croient et passent leur temps à soutenir des pantins au service du pouvoir.

Le piège dans le lequel se perd Ensemble est représentatif de la victoire d'une oligarchie qui se frotte déjà les mains. Incapable de contredire la stratégie traditionnelle internationaliste, cette formation politique se ferme derrière la seule possibilité pour les européens de vraiment contribuer à la Révolution anticapitaliste, à savoir sortir des institutions européennes pour se faire effondrer un système mondialiste sur la voie du succès. Il ne s'agit évidemment pas de s'isoler pour fonctionner dans le cadre d'une autarcie nationale, mais de reconquérir la souveraineté nationale pour mieux coopérer avec les pays européens et faire face de manière concertée aux impérialismes états-uniens et asiatiques. Mais c'est aller loin dans les considérations pour attribuer à Ensemble la capacité de se projeter dans un avenir international. Plus proche des affaires de la gauche, Clémentine Autain se préoccupe des primaires pour la présidentielle de 2017 pour offrir l'illusion d'une démocratie « participative » et surtout, se donner une chance de renforcer sa présence dans le cadre d'un scrutin très suivi par les médias. Il est certain que toutes ces gesticulations ne serviront à rien si l'idéologie résolument anticapitaliste ne suit pas et cette idéologie ne peut se satisfaire de s'opposer à l'ordre économique établi en se posant comme candidat aux élections, elle doit intégrer la volonté du peuple qui s'est détourné en 2005 du vote référendaire en faveur du Traité constitutionnel européen, car ce peuple, qui a bien compris qu'il n'a pas été entendu dans son refus d'une économie européenne qui l'étouffe, en a désormais assez de se faire rouler dans la farine. Ensemble poursuit sa tromperie en cherchant à démontrer que le peuple n'a pas forcément toujours raison. Ses militants si ?

Dans ces conditions, on imagine bien l'impossibilité, pour ces pantins qui se disent anticapitalistes, de prendre le pouvoir pour rendre aux citoyens une démocratie digne de sa réputation. Il s'agit bien entendu d'une réputation trompeuse, car la France n'est le berceau de la démocratie que pour les classes sociales qui savent en profiter. Les classes sociales dites moyennes en font partie, mais chut ! Il est des réalités qu'on n'ose assumer lorsqu'on témoigne de sa pseudo-combativité au sein de cette classe sociale, affirmant en même temps intervenir au bénéfice des classes sociales précaires et « ouvrières ». On nous dira qu'il n'est pas question de prendre le pouvoir, mais de bâtir une société égalitaire sur des bases communes, c'est-à- dire libertaires et véritablement démocratiques. Il faudrait en dire deux mots à Madame Autain, apparemment très attachée à ses mandats...

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  • Invité - Lénine

    Ensemble! n'est pas un parti...

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  • En réponse à: Invité - Lénine

    Oui, Ensemble! a pris le statut de "mouvement" et non de parti. Quelle est la différence, sinon que celle d'user de la même stratégie que le "mouvement"... En Marche ? Rien n'empêche ses dirigeants à se présenter aux élections et de tromper ses électeurs comme le font tous les autres partis politiques. Qu'y a-t-il de "révolutionnaire" à participer à un système dont l'objectif est d'asseoir le pouvoir despotique d'une minorité de privilégiés ? Ensemble! est le parfait exemple de ce qu'illustrent toutes les organisations de la gauche qui singent une démocratie inventée par la droite, organisations syndicales comprises. Et pendant ce temps, l'oligarchie s'amuse de constater que les opposants, soi-disant au capitalisme, se servent des mêmes méthodes que leurs maîtres...

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