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Depuis plusieurs mois déjà, nous avons décidé de ne plus faire évoluer le site www.novorga.fr, constatant que la société n'est pas prête à se confronter aux crues réalités de sa condition. Aveuglés par un environnement médiatique et culturel qui empêche toute réflexion critique, les travailleurs-consommateurs se vouent sans retenue à leur servitude insensée, se posant leurs propres chaînes sans oser affronter les causes de leur misère.

Notre espoir se fonde désormais sur les conséquences catastrophiques qui nous fracasseront à très brève échéance contre les murs politiques, économiques et environnementaux, impasses qui ouvriront, tardivement certes, les yeux d'une société aux abois. Il ne nous semble donc plus nécessaire de nous exprimer tel un Don Quichotte vertueux. Le cataclysme proche fera son œuvre.

Dans les jours à venir, nous mettrons fin définitivement aux publications de notre site. Nous remercions les rares intervenants qui nous ont soutenu dans cette aventure et les invitons à rester vigilants et à poursuivre leur lutte contre les pouvoirs.

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Le numérique, ce néologisme martelé dans les esprits par un patronat aux avant-postes de la guerre économique et ne servant qu’à reluire une image peu attractive de l’informatique, constitue une fabuleuse opportunité de marchés qui semblent pour l’instant échapper à la France. Toute contrainte nouvelle apparaît ainsi comme un frein inacceptable, tandis que l’évolution des mentalités, notamment anglo-saxonnes, semble plus ouverte à une tendance qu’on dit irréversible. Mais c’est faire peu de cas de la protection des intérêts du peuple quand il s’agit de tout autoriser pour encourager prétendument l’emploi, alors que le seul objectif est de peser en faveur d’une activité lucrative qui promet des bénéfices exponentiels… tout en réduisant la main d’œuvre à sa portion la plus congrue. Ainsi, un soutien idéologique permanent du patronat, le fameux lobbying, a réussi à conduire le gouvernement à légiférer selon une conception ultra-libérale qui ferait rougir un certain Milton Friedman, père d’un libéralisme que l’on conçoit désormais en France comme un modèle incontournable. La loi Numérique, une loi adoptée cet été et qui nous sera léguée d’un pouvoir politique non plus au service du citoyen, mais d’un pouvoir économique qui sait, lui, de quoi il ressort, ne préservera pas des obstacles qui protègent de la barbarie et ignore sciemment les intérêts de la nation devant un phénomène que l’on compare volontiers à la Révolution industrielle du XIXe siècle. Ainsi, à l’instar d’une époque où personne ne s’inquiétait trop de la pollution, des bouleversements sociétaux, des « victimes » du travail que signifiait un passage de l’ère agricole à l’ère industrielle, nous sommes au seuil d’un monde en effervescence dont nous subissons déjà de graves conséquences.

Alors que la loi Numérique, loi majeure capable de bouleverser la société sur ses fondements, n’a pas eu l’écho d’une la loi Travail qui, malgré tout, va s’appliquer strictement selon ses concepteurs politiques, c’est-à-dire selon les vœux de l’oligarchie économique, la pression des intérêts de l’entreprise n’a jamais été aussi forte. Tandis qu’en préambule d’une attaque sans précédent du gouvernement, l’UGICT, cette organisation syndicale de cadres de la CGT, communiquait sur des propositions comme le droit à la déconnexion et la réduction du temps de travail, le patronat ne s’inquiétait guère des gesticulations habituelles. Celles-ci en effet ne risquaient pas de contrarier le véritable objectif de cette loi qui consistait à libérer l’entreprise pour accéder à des parts de marchés dont les États-Unis se font l’exclusivité. Et en effet, le harcèlement patronal s’est soldé par un plein succès, car la loi va bien au-delà d’un projet classique où nos élus ne font que mine de protéger les intérêts du peuple. Cette fois, la loi Numérique ne sert strictement que les intérêts économiques et des aspects comme le « cloud souverain1 » montrent à quel point cette loi constitue un échec. S’agissant de se prémunir de la captation des données nationales par des états étrangers, des initiatives prises déjà en 2009 par le gouvernement Fillon en faveur d’un cloud national consistaient à construire un équivalent technique qui échappe à l’utilisation jusqu’alors incontournable du cloud conçut par des sociétés comme Amazon ou Microsoft. Ces initiatives, destinées à garder la maîtrise des données nationales, en particulier celles concernant l’administration, n’ont évidemment pas eu le succès escompté malgré l’injection de subventions colossales de l’État. Comment pouvait-il en être autrement pour une technologie pensée et développée par des concurrents qui ne livrent évidemment pas les secrets de fonctionnement d’un système dont ils sont les concepteurs et que l’on voudrait concurrencer avec des moyens impossibles à évaluer pour une philosophie dont on ignore tout des objectifs ? Car en effet, le constat des tendances en la matière nous permet de conclure que l’ultime objectif n’est pas seulement économique, mais surtout politique. Il s’agit d’exercer un pouvoir politique étendu grâce à l’exploitation d’informations fournies « volontairement » par les citoyens. Aucune information ne pourra plus rester discrète à travers le monde grâce à la concentration des données informatiques, exploitées dans des bases géantes, le « Big Data », selon la stratégie déjà utilisée par la National Security Agence (NSA), une agence du renseignement américain, spécialisée dans le recueil d’informations électroniques et notamment la cryptographie. On comprend mieux les enjeux d’une loi, dont on dit qu’elle vise à donner aux citoyens les clefs du numérique, alors que l’oligarchie économique s’en sert pour intensifier les profits, tandis que les pouvoirs étrangers, américains en particulier, se frottent les mains à l’idée de pouvoir exploiter les données de pays soumis à la dictature électronique. Par ailleurs, lorsque François Fillon confie le projet du cloud national en 2009 à des entreprises privées concurrentes comme Orange et SFR grâce à des financements publics, comment pouvait-on parier sur la moindre réussite alors que les enjeux politiques dépassent largement les enjeux économiques ? N’était-ce pas le moment, au tournant d’une nouvelle « Révolution », de nationaliser des entreprises pour les mettre au service de la nation ? Ne s’agissait-il pas déjà à cette époque de se préoccuper davantage de l’efficacité d’un projet qui, par sa sensibilité, ne pouvait être concédé à des entreprises privées ?

Un des acteurs du lobbying réussit est le syndicat patronal SYNTEC qui n’a pas hésité à peser de tout son poids pour détruire ce qui restait d’un espoir de cloud à la française. Contrairement aux manœuvres des syndicats de salariés, le SYNTEC n’a pas déployé de banderoles pour obtenir du gouvernement un retrait de la notion de cloud souverain. Il suffisait de s’adresser au service interministériel des Archives de France (SIAF) pour tenter la démonstration qu’un tel dispositif n’aurait rien de réaliste, qu’il s’agirait d’une mesure protectionniste qui freine l’emploi et qui serait d’ailleurs illégale au regard des directives européennes. Il n’a suffit que de cette minable argumentation pour faire pencher la balance régalienne du côté patronal. La loi Numérique constitue ainsi une porte ouverte à toutes les transgressions, car, faisant le constat d’un échec à tous points de vue du cloud souverain, l’inscription de la maîtrise des données nationales dans la loi n’a pas été retenue, de sorte que les entreprises se donnent désormais à cœur joie pour confier leurs informations à des sociétés de l’oncle Sam. Des informations très confidentielles comme les informations bancaires, de santé et toutes sortes de données utilisées soit par les entreprises, soit par les utilisateurs privés qui les injectent sans précaution dans les forums publics sont désormais à disposition notamment d’Amazon et de Microsoft pour être exploitées par la NSA. Les dispositions prises en 2009 visaient à protéger ce qui était considéré comme un trésor national. Celui-ci est désormais aux mains de puissances étrangères.

Au-delà des tentatives de s’exonérer de mesures préventives indispensables pour garantir la souveraineté de la nation, l’oligarchie économique fait feu de tout bois pour donner libre cours aux entreprises privées, sans se préoccuper des conséquences d’une mainmise du numérique sur la vie personnelle des citoyens. Pire, elle envisage déjà un droit des robots, excluant la responsabilité des hommes qui les ont fabriqués face aux incidents dont les robots seraient la cause. Il ne s’agit plus de science-fiction, car si la France subit un retard considérable en matière d’intelligence artificielle, d’autres grandes puissances agissent déjà sur notre territoire. On a vu tout récemment à quel point la guerre des données informatiques est exacerbée2. Cette guerre se compte en millions d’internautes qui se font pirater leurs comptes par des puissances étrangères (États-Unis, Russie, Chine, etc.) et se font exploiter leurs données à la veille de la prochaine grande offensive : l’invasion de l’intelligence artificielle et de la robotique dans la vie quotidienne des citoyens. Quand on constate l’usage intensif de l’informatique grâce aux téléphones portables, source de données très indiscrète exploitée par des entreprises américaines qui collaborent étroitement avec les services du renseignement américains, on a de quoi s’inquiéter de la facilité avec laquelle les puissances étrangères captent les informations du pays en ne stimulant que l’aspect ludique de la démarche. Il a suffit d’une publicité parfaitement orchestrée, notamment par les médias, pour semer l’hystérie dans le monde autour d’un jeu d’une banalité déconcertante (Pokémon Go), mais qui permet un recueil massif d’informations géolocalisées fournies par les joueurs eux-mêmes. 

Il n’est pas exagéré de s’inquiéter de nos libertés quand le besoin de sécurité pousse les autorités à faire fleurir les caméras de surveillance à travers la France. Mais il est plus inquiétant encore de constater que les progrès techniques de l’informatique permettent désormais d’automatiser cette surveillance en confiant aux machines les décisions à prendre. Nous serions ainsi à la merci de pouvoirs nouveaux, cybernétiques, conçus par l’homme, mais pouvant échapper à sa maîtrise. C’est ainsi que, apparemment désemparé par des aspects juridiques nouveaux que soulève l’usage généralisé de l’intelligence artificielle, plutôt que de responsabiliser les créateurs des robots, comme on responsabiliserait les fabricants d’un grille-pain lorsqu’il tombe en panne, on voudrait responsabiliser la machine rendue humaine pour lui infliger éventuellement une sanction. L’assimilation des robots à l’homme permet ainsi de sauter le pas vers une conception iconoclaste de la machine, pourvue prétendument d’une intelligence suffisamment sensible, car semblable à celle de l’homme, et capable d’assimiler le caractère dissuasif d’une sanction. On s’apprête à punir des grille-pains intelligents… en déresponsabilisant leurs concepteurs ! N’y aurait-il pas quelques part supercherie de ces « spécialistes du droit » qui sont en train de nous expliquer qu’il faut réfléchir à un droit des robots et de préparer le terrain pour des soumissions nouvelles, auxquelles mêmes les tenants de la démocratie n’auront d’autre choix que de se plier ? Quelle place réserve-t-on à l’humain qui, par son acceptation passive des initiatives de l’oligarchie économique et politique, devra demain se soumettre à des pouvoirs absolus, car irrémédiablement logiques, et qui échappent à tous contrôle ? Les sanctions qu’on infligerait aux robots suffiraient-elles pour garantir les droits des humains ? Pourrions-nous discipliner les robots si on ne responsabilise pas leurs concepteurs ?

On comprend mieux les enjeux du « numérique » quand on considère sans tabou les conséquences d’une passivité à tous égards de la part de nos élus et des électeurs eux-mêmes, citoyens dépassés par des techniques dont seules les puissances oligarchiques mesurent l’importance. Si la force des lois de notre pays perd sa substance par la domination d’une organisation des états européens, soumis à une dictature économique à la solde du politique, l’invasion du numérique à tous les niveaux de la vie citoyenne constitue un instrument incontournable de cette dictature. Quand la conception néo-libérale de l’Union européenne donne aux entreprises tous les moyens de leurs ambitions, elle empêche en même temps de protéger les intérêts des peuples de ces pays, soumis dès lors à une domination de puissances étrangères qui détiennent les « trésors nationaux » et qui les exploitent contre les nations désobéissantes. Et ce sont les pouvoirs successifs en France, de droite comme de gauche, qui, en se soumettant au diktat de la Commission européenne, ont considérablement affaibli la fonction publique et réduit en cendre l’éducation nationale et la recherche. Le désastre de la RGPP3, une des composantes exigée par la Commission européenne et visant à soutenir l’entreprise privée au détriment des intérêts communs, a été un déclencheur de notre faible compétitivité, résultat d’un affaiblissement de l’État, soumis aux contraintes régaliennes de la Commission européenne. Le discours, consistant à faire l'éloge d'une Europe de paix par le biais d'une organisation qui se soumet collectivement à des traités internationaux européens, perd toute sa force par une réalité qui démontre l'incapacité de cette organisation à soutenir la paix aux portes de l'Europe. La crise ukrainienne ne permet plus de cacher cette réalité. Mais le péril est bien plus important quand on s'aperçoit que l'intégrité des nations qui composent cette organisation est soumise à des procédés techniques qui fragilisent sa sécurité. Soumis aux exigences économiques d'une Commission européenne qui ne se préoccupe guère de la politique, les pays adhérents sont exposés à l'influence de puissances étrangères qui font de l'Europe le terrain de prédilection de leurs ambitions de pouvoir.

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1 Le cloud est un système décentralisé qui permet aux entreprises d’utiliser des serveurs mutualisés, réduisant ainsi les coûts de fonctionnement. Le cloud est dit souverain lorsque ces serveurs sont hébergés exclusivement sur le territoire national.

2 Le 22 septembre 2016, Yahoo annonce le piratage par une entité « probablement liée à un État » de 500 millions de comptes des utilisateurs à travers le monde. En mai, on apprend que les données partielles de 117 millions d’utilisateurs de LinkedIn avaient été mis en vente sur un site spécialisé. Le même mois, les données de plus de 400 millions de comptes MySpace ont connu le même sort. On ne parle même plus des virus qui s’illustrent par leur sophistication et qui sont conçut spécialement pour espionner, voire entraver l’action des gouvernements et des administrations des États.

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