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Les conflits entre États sont toujours accompagnés d’une propagande servant à convaincre les peuples de la justesse des positions prises par les dirigeants politiques. Il est indispensable d’obtenir l’adhésion des classes dominées pour une orientation guerrière qui les concernera tôt ou tard au plus près de leur existence, car il s’agit finalement d’une lutte à mort dont les conséquences ne sont portées que par les populations innocentes et ignorantes, tandis que l’oligarchie compte les victimes. La propagande politique n’est pas une nouveauté que découvriraient les experts en communication. Mais les techniques adoptées usent de stratagèmes qu’il n’est pas forcément évident de déceler, surtout si notre quotidien se résume à un attachement irrésistible aux spectacles des médias et de la presse. Comment se rendre compte alors, dans des conditions d’aliénation qui rendent quasiment impossible un recul critique, que les « informations » diffusées ne servent qu’à influencer l’opinion selon une vision élaborée par des stratèges de la communication, au service de prédateurs cyniques. Les crises mondiales qui se succèdent depuis l’attaque du World Trade Center en 2001 sont le résultat d’initiatives états-uniennes qui sèment la mort. Quand les populations européennes craignent les conséquences d’une guerre mondiale, ils ne se rendent pas compte que cette guerre a déjà lieu et n’est plus réversible si le monde occidental persiste dans sa cécité. Les peuples étant bien souvent plus clairvoyants que l’on ose croire, les communicants du monde capitaliste cherchent à semer le doute sur des ennemis qui ne sont pas les nôtres, des fantômes dont l’agressivité prétendue n’a rien en commun avec celle des armées de l’oncle Sam.

Dans une émission télévisée de trois quart d’heure, diffusée début octobre sur National Geographic Channel dans le cadre d’une série concernant des protagonistes contestés – Vladimir Poutine, Saddam Hussein, Pablo Escobar et bien d’autres – le spectateur est pris en otage d’une scénarisation du pire illustrée par des personnages à la réputation sulfureuse… au moins du côté occidental de la planète. La bande annonce de cette émission plante le décor. Tandis qu’une voix « off » parle sur un ton mystérieux de ceux qui ont « changé la face du monde pour le meilleur ou le pire », d’autres voix répondent : « J’ai vu un tueur au sang froid, sans pitié aucune » ou « Quand je l’ai regardé dans les yeux, j’ai vu... le pouvoir ». La présentation presse de cette « série d’interviews exceptionnelle » est du même acabit : « Ancien du KGB, Vlamidir Poutine a rapidement réussi à établir une image publique en tant qu'homme fort et de bon sens prêt et déterminé à agir dans la poursuite des intérêts de la Russie. Plus le temps passe et plus ses ambitions pour le pays sont grandes. Poutine était clairement animé à l'idée de défier la superpuissance américaine et voulait recréer une forme d'union soviétique tout en conservant sa place selon les diktats de la démocratie. Dans le but d'accomplir ses plus grands objectifs, Vladimir Poutine a tenté de devenir une sorte de Tsar du 21e siècle ». Il est intéressant de noter dans cette présentation l’utilisation du terme « diktat » pour une démocratie russe qui s’est considérablement éloignée du modèle stalinien. Si pour les auteurs de ce document la démocratie peut se conjuguer selon des diktats, on sent bien que l’usage de ce terme ne consiste en réalité qu’à faire un rapprochement subtil pour évoquer l’attitude prétendument dictatoriale d’un homme fort... qui ose se dresser contre l’empire capitaliste en déclin. Cette image ambiguë est renforcée par l’idée d’un nouveau « Tsar » pour appuyer la thèse d’un monarque en devenir. L'image est cousue de fil blanc : qui soutiendrait un tel personnage ?

Avant de vérifier en détail les mécanismes de ce qu’il faut bien considérer comme une propagande politique, il est nécessaire de préciser les contours de cette œuvre médiatique pour en déceler les intentions. La chaîne National Geographic est une chaîne de télévision américaine du groupe 21st Century Fox qui, dans sa version internationale, diffuse ses programmes à travers 162 pays en 27 langues pour atteindre 230 millions de foyers. La diffusion en langue française est organisée grâce à de multiples fournisseurs d’accès comme Canalsat, Free, Numericable, Orange, Bouygues Telecom et d’autres. Alors que l’objectif de la version magazine concentre ses sujets sur l’exploitation photographique du monde à travers des thèmes comme le voyage et l’écologie, la version filmée n’hésite pas à aborder des thèmes critiques pour accomplir une œuvre que leurs auteurs disent éducative. Il s’agit bien entendu d’une éducation selon la vision très étroite d’un monde qui ne conçoit que son ordre capitalistique comme étant le plus juste. Tout ce qui n’est pas conforme au « way of life » américain est suspect, voire condamnable. Mais avant de se forger une opinion, voyons l’objet de nos critiques :

Dès les premières images, l’ambiance mystérieuse, suscitée par des ombres dans un environnement peu éclairé et une musique ténébreuse digne des meilleurs jeux vidéo d’espionnage, pose le cadre et conditionne le spectateur pour le préparer à recevoir des révélations de première main. Ces révélations proviennent d’acteurs tous plus fiables les uns que les autres : Robert Gates, secrétaire à la défense lors des présidences Bush et Obama, ancien directeur de la CIA, un enfant de chœur qui connaît toutes les combines, mêmes les plus crapuleuses ; John Simpson, rédacteur en chef au service des affaires internationales de la BBC, Tintin britannique au contact des grands de ce monde, courroie d’entraînement des pouvoirs occidentaux en vue de forger l’opinion publique ; Gleb Pavlosvski, ancien conseiller politique russe, transfuge chèrement accueilli par le renseignement américain et finalement Masha Gessen, dissidente russe dont l’avis critique et très négatif contre Poutine ne laisse aucun doute quant à son avis sur le régime russe. Versée dans l’art de peindre en noir un des acteurs du pouvoir détesté déjà par ses aïeux, Masha Gessen révèle une stratégie prétendument utilisée par le pouvoir russe pour propulser Poutine au sommet de sa réputation, stratégie dont on sait aujourd’hui qu’elle constitue une originalité américaine utilisée notamment pour soutenir G. W. Bush avec l’attentat du World Trade Center en 2001 et François Hollande avec les attentats de 2015. Il s’agit dans cette stratégie de s’en prendre massivement à ses propres concitoyens, quitte à les tuer pour accuser le camps adverse et poser le dirigeant élu comme un sauveur adulé par la foule. Qui, à part les « complotistes », pourrait croire qu’une telle machination puisse être possible, sinon que de la part d’un criminel supposé comme Poutine ? Soudain, ce qui ne paraissait que comme une affabulation enfantine à l’égard des pouvoirs américains, c’est-à-dire totalement dépourvu de la moindre crédibilité, devient sensé si les faits révélés concernent cet « impitoyable » Poutine. Robert Gates « ne serait pas surpris d’apprendre que les services secrets russes sont derrière ces attentats ». Lorsque ce pionnier du renseignement américain pèse ainsi pour discréditer « les services secrets russes », quel crédit peut-on accorder à une thèse qui ne consiste qu’à affiner une propagande anti-russe, le préalable d’un processus qui rappelle le maccarthisme des années 1950 ?

Cherchant à enfoncer le clou, nos propagandistes américains cèdent la parole à la veuve d’un agent du FSB, Alexandre Litvinenko, empoisonné en 2006. Mme Litvinenko laisse entendre que son mari aurait été assassiné par les services secrets russes en raison de faits qu’il s’apprêtait à révéler sous fond de corruption. Le juge Robert Owen, impliqué dans le cadre d’une enquête de cette affaire, estime que le directeur du FSB, ainsi que le président Poutine, ont « probablement » approuvé cet assassinat. Les faits évoqués reposent sans cesse sur des suppositions et des hypothèses qui ne demandent qu’à être vérifiées, car un minimum d’investigation permet en effet de mettre en doute des affirmations péremptoires faites par des acteurs qui ont intérêt à diffamer le pouvoir russe. Quand dans le document vidéo, on laisse entendre que Litvinenko n’était qu’un agent russe qui faisait correctement son travail, à savoir lutter contre la corruption au sein du FSB, on découvre qu’en réalité, cet homme était un transfuge des services russes qui a prêté main forte aux services secrets britanniques. Avec ce bémol très signifiant, on comprend mieux que Litvinenko n’a été qu’une des nombreuses victimes du renseignement, une guerre du mensonge généralisé dont le vainqueur se réserve l’opportunité d’éliminer son concurrent le moins habile. Il faut croire à cet égard que Litvinenko était un agent peu efficace. Le témoignage de la femme de Litvinenko est évidemment poignant – c’est précisément l’objectif du document : émouvoir au point d’éveiller un sentiment de haine à l’égard des pouvoirs russes et en particulier de Poutine –, mais il s’agit bien d’une guerre dont les victimes ne sont pas comparables à celles provoquées par les attentats « pour la cause ». Des victimes innocentes, hommes, femmes et enfants payent le prix d’une guerre entre puissances, un préalable annonciateur qui ne présage que d’une portion infime de la barbarie à venir.

Tout le reste du document vidéo est du même acabit, une accusation à charge pour démolir l’image d’un opposant à l’impérialisme capitaliste. Nous ne cherchons pas à excuser Poutine, mais cette image est en totale contradiction avec l’image d’un président d’une grande nation qui s’est exprimé publiquement devant les dirigeants des Nations Unies en septembre 2015. Dans un discours magistral, un cours de géopolitique qui rappelle fidèlement l’état des enjeux politique internationaux du moment, Vladimir Poutine recadre la responsabilité du monde occidental dans une crise qui peut avoir des conséquences désastreuses pour les peuples du monde :

Tout est dit dans ce discours historique. Nous sommes très loin des affabulations des communicants américains. Pourtant, sont-ils nombreux les spectateurs dévoyés qui ont connaissance de la position officielle du pouvoir politique russe ? A l’opposé d’une position qui se rapproche plus du gaullisme que du nazisme, cette politique récuse l’agressivité de chefs de guerre qui se préparent déjà à l’Armageddon. Dans une allocution du 4 octobre 2016, le chef d’état-major de l’armée des États-Unis illustre cette agressivité par un discours franchement martial. Son discours conquérant n’accepte qu’une seule logique, celle de réduire à néant tout opposant qui se dresserait en travers d’un système américain qui menacerait le confort de ses citoyens. Dans cette apocalypse annoncée, que resterait-il aux « peuples vainqueurs » sinon que la culpabilité de milliards de victimes pour soutenir un « way of life » qui ne signifie rien ?

Ces vidéos sont un résumé extrêmement concis de la situation géopolitique mondiale. Mais elles reflètent bien les rapports de forces antagonistes à l’œuvre, entre un pouvoir occidental qui cherche à transformer l’empire capitaliste en monopole économique planétaire et un opposant russe dont on craint le réveil politique et économique soudain. Toutes ces crises sont provoquées en l’absence des peuples concernés et font l’objet de pouvoirs oligarchiques qui jouent avec nos vies. En France, les médias participent à la criminalisation d’un dirigeant russe qui agirait selon des méthodes de dictateur. Lorsqu’un président français se fait chef de guerre en intervenant sur des théâtres de conflit comme le Mali ou la Syrie, sans mandat du peuple, avec apparemment seulement 4 % d’opinion favorable dans les sondages, peut-on continuer à autoriser un tel gouvernant à prendre des décisions qui menacent potentiellement la vie de millions de ses « compatriotes » ? Pourquoi tolérerions-nous un tel énergumène à nous soumettre aux lois des plus forts ? Alors que le peuple s'est clairement prononcé pour une France souveraine lors du référendum du 29 mai 2005, nos gouvernants, de droite comme de gauche, piétinent la volonté du peuple français de sortir de l'Union européenne. Le moment n’est-il pas venu de mettre fin au pouvoir autoritaire d’un gouvernement qui ne sert que les intérêts d’une Union européenne au service des États-Unis ? N’y a-t-il pas urgence à ébranler dès maintenant un pouvoir qui ne défend pas les intérêts de son peuple ? Faut-il attendre 2017 pour élire le tyran qui remplacera le président Hollande sans rien changer ni dans la situation géopolitique de la France, ni dans la situation sociale interne au pays, ni dans nos rapports avec l’Union européenne ?

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Télécharger le discours de Vladimir Poutine prononcé à l'ONU le 28 septembre 2015.

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