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Si l’idée d’une « troisième voie » n’est pas nouvelle pour avoir été utilisée dans de nombreux domaines tels que la politique, la pédagogie et même le coaching d’entreprise, elle se révèle d’un formidable à-propos s’agissant de valoriser la démocratie. Considérant les aspects d’une voie politique jamais appliquée à l’époque moderne, la démocratie semble se révéler comme la seule issue aux catastrophes sociales d’un système républicain bourgeois. Il est cocasse de constater que la République française, cette démocratie d’apparat qui n’est qu’une aristocratie prétentieuse au service d’une oligarchie économique, accompagne justement l’effondrement cyclique d’un capitalisme qui peine à se maintenir. A la veille de l’élection présidentielle, au lieu de proposer une organisation nouvelle, tous les partis politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, font la sourde oreille à une contestation massive des électeurs, lassés de ce petit jeu de représentation qui les exclut systématiquement. On criera volontiers aux attaques qu’on dira anti-démocratique, s’agissant de contester un système politique reposant sur la représentation par une élite qui se reproduit en interne, alors que la démocratie dans ses fondements constitue précisément l’opposé d’un pouvoir que seul le peuple devrait exercer. Ses représentants éventuels ne devraient pas disposer plus de pouvoirs que ceux strictement confiés pour un temps court à l’exercice d’un mandat restreint. Pas question de laisser faire des despotes autocratiques qui s’érigeraient des droits indus. Le peuple doit seul garder le pouvoir, celui également de destituer si nécessaire un représentant qui échoue dans sa mission.

Les monceaux de critiques ne manqueront pas de s’amonceler sur un concept politique qui a été combattu dès qu’ont surgi les premiers débats relatifs à la démocratie. C’est en particulier autour de la Révolution française que ce concept a toujours prévalu comme synonyme de désordre, considérant qu’un système politique ne pouvait raisonnablement s’appuyer sur des décisions émanant véritablement du peuple, c’est-à-dire conçues et exercées non selon une interprétation libre de ses représentants, mais selon un processus contraint et restrictif qui ne supporte aucune liberté d’action autre que celle confiée strictement par un mandat ponctuel et déterminé. Mais la signification des termes pouvant échapper au commun des mortels lorsqu’elle est l’objet d’influences destinées à corriger les perceptions, le système républicain, qui n’a rien à voir avec la démocratie – du grec dêmos (peuple) et kratos (pouvoir), le pouvoir exercé par le peuple –, ce système s’affiche néanmoins progressivement comme un système se disant démocratique, un système politique incluant certes le peuple dans la démarche politique, mais qui lui soustrait tous les pouvoirs au profit d’élites quasiment autoproclamées. Si cette « troisième voie », la démocratie, s’oppose non seulement à la république comme achèvement d’une lutte au XVIIIe siècle de la bourgeoisie contre une aristocratie dominante, cette dernière s’étant reproduite grâce justement au leurre démocratique, la « troisième voie » imposée par le régime de Vichy – la « Révolution nationale » – est une illustration plus fine encore d’une supercherie qui ne consiste qu’à confisquer au peuple le pouvoir politique qui lui revient. Cherchant à reprendre le dessus sur une gauche conquérante dans les années 30, la droite traditionaliste, qu’on confond volontiers avec une droite extrême en référence à ses initiatives dites fascisantes, a imposé des valeurs trompeuses – travail, famille, patrie – pour contraindre le peuple plus fortement encore à ne pas se saisir de son pouvoir légitime.

Alors que le concept de la Révolution nationale consistait à installer des structures politiques et institutionnelles destinées à se protéger de la « menace » communiste tout en tentant prétendument de réguler le capitalisme alors triomphant, l’idée de ladite troisième voie, entre collectivisme étatisé et capitalisme débridé, s’est révélée dans la pratique comme un pouvoir autoritaire, populiste et paternaliste. Le leurre de cette voie-là éclate au grand jour par les liens de collaboration prônés par un Maréchal sénile et un dictateur ivre d’un pouvoir qu’il veut impérial. Non seulement l’alliance politique ne peut cacher les intentions d’un renforcement du capitalisme à travers l’Europe, mais bien évidemment ces intentions sont mises en œuvre hors la volonté des peuples concernés. Certes, la population allemande jubile à l’image d’un empire qui chante sa gloire, après des décennies de privations dues aux sanctions infligées par le Traité de Versailles au sortir de la Grande guerre, mais elle n’a jamais été interrogée. De même, quand la propagande du grand-père Pétain n’a cessé de marteler dans les esprits que les Français sont en de bonnes mains, c’est pour mieux cacher là encore que le peuple n’est pas à l’œuvre. Pire, si cette soi-disant troisième voie a accouché d’alliances politiques et économiques responsables de barbaries historiques, elle a préfiguré un concept renouvelé au terme de la seconde guerre mondiale, cette fois pour préserver prétendument la paix. Le nouveau leurre politique a bâti les fondements d’une Communauté européenne… un concept qui débouche aujourd’hui à la dictature d’une Union européenne, condamnant – parfois au sens propre du terme – les pouvoirs des États membres à soumettre leur souveraineté aux exigences des technocrates. Personne ne peut plus ignorer la mainmise de ces technocrates sur la vie concrète des peuples, eux qui voient disparaître leurs emplois, leurs entreprises, leurs services publics, impliquant une précarité pour laquelle les gouvernements, s’il leur venait l’idée de protéger les électeurs, ne peuvent absolument pas s’opposer.

On ne peut donc clairement se placer dans un concept qui s’érigerait comme un système démocratique et qui cherche à réguler les excès d’idéologies pourtant irrépressibles. Car si, à l’instar des systèmes politiques actuels, le pouvoir n’est pas détenu dans le cadre d’une démocratie, il existera toujours des intérêts individuels qui défendront leur propre cause au détriment du peuple. Dès lors, une troisième voie véritablement démocratique consisterait à prendre le pouvoir pour construire de manière concertée et organisée un collectif de vie au plan national. Et ce n’est que le peuple souverain qui serait autorisé à déterminer son avenir tant économique, que social et institutionnel. Entre anarchie et république, le peuple se rendrait propriétaire d’un pouvoir collectif qu’il garantirait par un système politique nouveau et dont il détiendrait toutes les responsabilités. C’est donc à cette démocratie vraie qu’il revient de décider de la place du collectif au quotidien et de l’emprise d’un capitalisme qu’elle sera évidemment habilitée à refuser. Mais il n’est pas question de nous substituer déjà aux décisions futures de cette démocratie à la manière des partis politiques qui proposent leurs solutions, alors qu’ils imposent à terme un contenu politique qu’ils feront valider par une majorité partisane. Il ne s’agit que de mettre en évidence une république qui persiste dans un mensonge caractéristique de son fonctionnement et de la dénoncer pour proposer un concept nouveau de la vie politique. A l’heure où la Commission européenne affirme expressément la fin des pouvoirs gouvernementaux nationaux, soumis aux injonctions d’un pouvoir technocratique qui se déploie sur le continent européen comme un empire, une dictature à laquelle les dirigeants nationaux font allégeance, les élections, quel qu’elles soient, sont un leurre décuplé par une signification nouvelle. Le subtil déplacement des pouvoirs nationaux vers un pouvoir impérial européen montre l’absurdité d’une prochaine élection présidentielle en France, alors que tous les candidats sont convaincus de leur incapacité à gouverner sans l’assentiment de la Commission européenne. C’est pourtant un aspect majeur de la fonction présidentielle d’exercer des pouvoirs tels qu’ils puissent s’imposer à d’autres nations, à l’Europe entière, voire au monde. Or, les traités successifs depuis Maastricht en 1992 interdisent cet exercice souverain dès lors qu’il contrevient aux exigences globalisantes de Bruxelles. Autant dire que la fonction présidentielle ne compte plus. Et pourtant… de très nombreux candidats se pressent pour égrener leur programme politique alors qu’il n’est souvent applicable qu’à condition de quitter l’Union européenne et l’Euro, et cela, de manière unilatérale et sans concession. Utiliser les voies de sortie qu’offrent les traités – notamment l’article 50 du Traité sur l’Union européenne – reste également un leurre, le « Brexit » en est une illustration éclatante : les Britanniques n’en sortiront pas avant dix ans et d’ici là…

Malgré l’abandon de plus en plus évident des pouvoirs nationaux au profit d’une oligarchie européenne, les acteurs politiques français persistent dans une tromperie à grande échelle. Si l’incapacité de gouverner se fait criante face à une organisation politique européenne mue par l’unique orientation néo-libérale, pourquoi donc tant de cohue à l’inscription des candidats à l’élection présidentielle ? Serait-ce par une conscience marquée de la catastrophe sociale qui se profile déjà ou n’est-ce pas plutôt le mirage d’un pouvoir faussement démocratique qui leur bénéficie et qui motive ces candidats à faire feu de tout bois ? Pourquoi veulent-ils exercer le pouvoir, ces aristocrates en devenir ou qui souhaitent le rester, sachant qu’ils ne détiendront que le pouvoir de gesticuler avec la pompe républicaine qui convient ? De même, à la lumière des pouvoirs de l’Union européenne qui s’expriment comme une dictature, quel intérêt les électeurs auraient-ils à participer à la tromperie « démocratique » ? A quoi nous sert une élection présidentielle destinée à valider un programme politique qui ne peut être tenu ? Faut-il soutenir un système politique du néant où les uns estiment qu’ils étaient contraints à l’usage de l’article 49-3 de la Constitution, tandis qu’ils jurent de ne plus l’appliquer, et certains autres promettent de reprendre le pouvoir en sortant de l’Union européenne, mais avec tant de précautions qu’ils n’y parviendront jamais ? Nous estimons que seule une abstention massive, amorce d’un désaccord profond avec une démocratie d’apparat, peut conduire à une contestation suffisamment puissante pour bouleverser les pouvoirs oligarchiques. C’est alors au peuple de s’attacher à gouverner selon des principes qui interdisent les pouvoirs concentrés pour ne pas subir les conséquences trompeuses d’une énième « révolution ». Cela ne se fera pas avec les usages de la politesse... à moins que les chômeurs, les salariés précaires, les pauvres continuent à se soumettre aux dures lois de la soi-disant démocratie.

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