Principal

Au lieu d’envisager l’intégration de la Russie comme partenaire d’une Union européenne qui ne cesse pourtant de s’élargir, ce sont les troupes états-uniennes qui s’installent sur les territoires vassaux de l’Europe pour cerner un ennemi historique. Tandis que des chefs militaires américains, par leurs vociférations belliqueuses, montrent leurs muscles et brandissent des menaces pour continuer à assurer l’indispensable « Way of life », les troupes de l’oncle Sam s’installent sur des positions stratégiques aux limites territoriales de la Russie, constituant ainsi un risque majeur pour la paix dans le monde. Car, vu les dépenses militaires engagées par les puissances militaires de premier plan, la menace guerrière ne serait non seulement catastrophique pour l’espace européen, mais également pour le monde entier. Soudainement, alors que la chute du mur de Berlin en 1989 fut l’occasion d’une réduction bilatérale de l’arsenal nucléaire, la course à l’armement et la menace armée en Europe n’ont jamais été plus intenses qu’aujourd’hui. Si lors de la « guerre froide » les pouvoirs ne pouvaient s’insulter qu’à distance, aujourd’hui, ils sont face à face et prêts à se donner des coups pour rafler la mise. Alors que la Russie a considérablement perdu ses marques géopolitiques et ne se concentre guère plus que sur la sauvegarde de sa souveraineté territoriale, les États-Unis, dont les bases militaires quadrillent déjà tout le globe, se préparent à intervenir aussi bien en Russie qu’en Chine pour s’emparer d’un gouvernement mondial. Pendant ce temps, l’Union européenne, cette organisation vouée à garantir la paix, reste inerte devant une évolution politique et militaire dramatique.

Quand on se penche sur l’historiographie récente de la construction européenne, on s’aperçoit que le principe même d’une Europe fédérale se fonde sur une organisation en régions économiques avec, comme ultime objectif, celui d’annihiler les États-nations au profit d’un gouvernement européen dictatorial. Et lorsqu’on connaît les relations étroites d’un certain Jean Monnet avec le pouvoir états-unien, on devine aujourd’hui les raisons qui ont poussé ce dernier à ne pas s’impliquer directement dans l’œuvre comme « père de l’Europe », laissant le soin à Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, de paraître comme le fondateur d’une communauté destinée à sauvegarder la paix. Or, si Robert Schuman a bien prononcé la fameuse déclaration du 9 mai 1950 qui a constitué l’acte de naissance de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), notre homme n’a servi finalement que de figure crédible pour faire accepter une stratégie élaborée par le pouvoir états-unien, relayée par le très atlantiste Jean Monnet. À la lecture de cette déclaration, on comprend que les intentions originelles, celles de regrouper les pays européens autour d’enjeux économiques communs, s’appliquent toujours avec une détermination restée intacte, du moins dans les esprits des élites nourries au biberon des structures européennes Théodules. Sauf que les crises économiques successives ont montré le caractère autoritaire et peu démocratique d’une communauté qui n’est qu’économique et qui oublie ses peuples. Pire, les décisions économiques, prises à travers le seul prisme capitaliste, s’imposent aux gouvernements des pays adhérents qui ne font plus que subir la loi du plus fort, tout en laissant croire qu’ils disposent encore d’un minimum de marge politique. De marge, il n’y en a bien entendu aucune et l’installation massive des troupes américaines à la périphérie de la Russie montre bien que le système communautaire européen et les structures auxquelles il adhère, notamment l’OTAN, servent au pouvoir états-unien comme moyen de pression face à ses adversaires. Tandis que le pacte de Varsovie, cette alliance militaire des pays du bloc de l’Est créée en 1955, s’est dissout en toute logique en 1991, l’OTAN n’a cessé de se redéployer à travers le monde. Quelle est aujourd’hui son utilité, sinon celle de prendre le pouvoir mondial par les armes ? Bien implantés à tous les niveaux stratégiques d’une communauté européenne qui se cherche toujours, les pouvoirs états-uniens ont déjà confisqué les pouvoirs politiques des pays de l’Union européenne. Quelle serait la prochaine étape ?

Ce n’est pas pour autant que les représentants politiques de ces pays abandonnent la comédie démocratique. Alors que les lois européennes imposent des contraintes fortes aux gouvernements nationaux, affaiblissant de fait l’initiative législative de pays souverains en apparence, les élections dites démocratiques ne servent en réalité qu’à soutenir les prébendes des élites politiques, réservoir d’oligarques aux aguets pour d’éventuels postes régaliens européens, leur assurant un train de vie qu’il n’est plus nécessaire alors de compléter par des manipulations cahuzaciennes ou fillonistes. Tandis que nos futurs élus savent qu’ils ne disposent plus que de pouvoirs très symboliques, ils se battent pourtant avec un acharnement sans pareille pour accéder à une fonction qu’ils disent suprême. De suprême, il ne reste que l’assurance d’un train de vie auquel contribue le peuple berné. Car si le pouvoir restait encore un enjeu destiné à « changer le monde » et si une once de sincérité pouvait guider des marionnettes, prêtes à sacrifier la société pour n’accomplir que l’ultime vœu d’un capitalisme triomphant, aucun de ces chers candidats ne tergiverserait longtemps sur l’échec de la construction européenne. Mais pas un seul de nos représentants ne formule la ferme résolution d’une sortie unilatérale de l’Union européenne, à l’instar de la décision marquante du Général de Gaulle, dernier des chefs d’État qui a osé s’opposer à la mainmise états-unienne sur les intérêts de la France en renvoyant les soldats de l’OTAN à leurs casernes en 1966. Toute la diplomatie française, celle qui a su imposer les règles du jeu géopolitique jusqu’à Jacques Chirac, est abandonnée à des risques de conflits majeurs, que ce soit en Europe, en Afrique ou au Moyen-Orient. Le richissime Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères a lamentablement échoué dans sa politique arabe toute personnelle qui ne consistait plus qu’à se faire l’interprète des intérêts états-uniens. La catastrophe syrienne en est le résultat à notre détriment et restera une meurtrissure pour longtemps encore. Depuis le règne de Nicolas Sarkozy, nos portes sont largement ouvertes à l’économie « mondialisée » qui ne se gêne pas de dépecer notre pays. Et c’est un monarque de gauche, François Hollande, qui a achevé de parfaire cette orientation capitaliste, révélant en même temps non seulement l’impuissance de notre pays, mais aussi le poids de responsabilités qu’il est finalement inhumain de confier à un seul homme. Ce ne sont pas ces hommes qu’il faut condamner, même si leur attitude est condamnable, mais c’est un système politique qu’il faut changer au plus tôt pour rendre le pouvoir au peuple. Si nous n’avons de démocratie que son nom, c’est bien parce que nous le voulons et nous confirmons cette volonté en nous rendant sagement aux urnes. C’est l’accomplissement dans sa version la plus cynique de la servitude volontaire : élire nos maîtres qui nous le font bien payer et continuer à subir un système politique qui, sans contrôle véritable, tend inévitablement vers la ploutocratie.

Si la volonté de changer ne vient pas de l’intérieur, elle peut venir de l’extérieur. Alors que le Brexit fait la démonstration du caractère pernicieux du système politique et économique de l’Union européenne, les succès économiques très rapides qui sont constatés au Royaume-Uni, avant même la sortie effective de l’Union européenne, tendent à confirmer la bonne voie. Ce pays, libre de s’organiser avec ses partenaires économiques, y compris avec les pays de l’Union européenne, est un des rares pays d’Europe qui renoue avec la croissance. Le nouveau président des États-Unis d’Amérique saisit d’ailleurs l’opportunité pour renouer des liens privilégiés avec son allié historique, le Royaume-Uni, et… la Russie, une nouveauté. De fait, nos élites européennes sont perdues face au renversement d’une situation déjà fort complexe. Comment l’Union européenne pourrait-elle se redresser politiquement et économiquement, alors qu’elle a refusé le partenariat avec la Russie, soutenue par l’administration Obama, et qu’en même temps, la nouvelle administration Trump prend ses distances ? Isolée plus que jamais, alors qu’elle est exposée à tous les conflits imaginables, l’Union européenne a perdu sur tous les tableaux… tandis que les médias occupent leurs spectateurs à de vaines élections. Aveuglés par des scandales politiques qui ne sont que manipulations à la veille de l’élection du futur président français, les téléspectateurs sont ignorants des enjeux militaires qui s’exercent non en Afghanistan, non en Irak, non au Mali, non en Syrie ou en Libye, mais… en Europe ! Il n’a pas suffi que Mikhaïl Gorbatchev s’exprime sur l’imminence d’une catastrophe militaire en Europe pour mobiliser les foules pacifistes comme à la fin des années 80. La voie de la paix ne porte apparemment plus avec autant d’efficacité qu’autrefois, les bruits des guerres semblant désormais les plus forts. Toujours selon les propos éclairants de cet illustre homme politique, il suffirait qu’un pays quelconque fasse le premier pas d’un déclenchement nucléaire pour que l’embrasement généralisé, en réponse à une agression toujours possible, ait des conséquences catastrophiques au niveau planétaire. L’explosion des têtes nucléaires à différents endroits du globe aurait pour effet de générer des nuages si importants qu’ils se répandraient dans un premier temps d’abord sur l’hémisphère nord, puis sur presque la totalité de la surface terrestre. Cet épais nuage ne laisserait plus passer le soleil durant plusieurs années, l’empêchant de percer pour garantir l’équilibre climatique et écologique. Nous subirions un froid glacial sur plusieurs années qui empêcherait toute culture de survivre, entraînant des famines et des maladies. Quels que soient les belligérants, tous les habitants de la terre seraient victimes d’une telle barbarie.

Il ne s’agit pas de science-fiction pour spectateurs cinéphiles en mal de frissons par temps pluvieux. Ce scénario a été construit, analysé et validé, il y a plus de 30 ans. Il est précisément celui qui a fait réagir des foules immenses de pacifistes, avec comme aboutissement une prise de conscience des puissants de notre monde, prêts dès lors à cesser la course folle. Il n’en est rien aujourd’hui. Alors que la menace est bien plus dramatique et tout aussi imminente, aucun homme politique en activité ne défend vraiment les intérêts des peuples, ceux d’une paix durable, dans un environnement sain, avec une économie égalitaire au service des peuples. Notre suicide est collectif. Il n’est pas seulement l’œuvre des hommes politiques corrompus, mais nous sommes tous responsables d’une inertie qui nous coûtera très cher en vies humaines. Devant une situation qui dessine les schémas d’une fin du monde, comment pouvait-on croire que l’alliance capitaliste européenne pouvait garantir une paix durable ? N’est-ce pas le moment de suivre la trace du peuple britannique et élaborer des partenariats entre pays souverains, tout en assurant un équilibre géopolitique par l’intermédiaire d’institutions, pilotées cette fois non par les États-Unis, mais véritablement par les pays participant à égalité et, bien entendu, implanté en Europe, sur terrain neutre ? Mais qui en parle ? Qui s'en préoccupe à l'heure des élections ?

Ajouter un commentaire
  • Aucun commentaire sur cet article.

Ces autres articles devraient aussi vous intéresser

Décompte des visiteurs

Visiteurs uniques (hors robots) Aujourd'hui : 1 - Hier : 17 - Semaine : 50 - Mois : 159 - Total depuis la mise en ligne du site (Septembre 2016) : 9808