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On sait ce que valent les sondages. Au-delà d’un reflet prétendu d’une opinion publique, retracée par des conclusions statistiques peu fiables et qui ne servent qu’à conforter un panorama idéal dont s’inspireront les électeurs, les jeux de l’oligarchie économique sont faits. Tandis qu’elle abandonne à Marine Le Pen la victoire du 1er tour, elle compte sur la victoire du candidat issue de la pseudo-gauche, la gauche gouvernementale d’Emmanuel Macron, ce paravent de l’extrême droite qui assurera une continuité de la politique de François Hollande, une politique somme toute idéale pour asseoir la mondialisation. C’est in fine la même stratégie électorale qui aura porté Jacques Chirac au sommet du pouvoir et qui assurera à Emmanuel Macron une victoire décidée d’avance. Car si le système républicain permet des issues électorales aussi prévisibles, c’est bien parce qu’il est dépouillé des procédés qui confieraient les clefs du pouvoir au peuple. Les électeurs qui affirment que nous sommes en démocratie ne comprennent apparemment pas qu’ils jouent le jeu de leurs maîtres : permettre au futur élu de « remettre de l’ordre au pays », c’est-à-dire exercer suffisamment d’autorité pour contraindre les citoyens à satisfaire aux exigences économiques. La soi-disant gauche, même celle qui se dit extrême – que signifie extrême sinon qu’une localisation prédéfinie des places des parlementaires sur leur confortable fauteuil ? – cette gauche a depuis longtemps abandonné à la caste oligarchique tout espoir de reconquérir le pouvoir au bénéfice du peuple, étranglé par le chômage et la précarité sociale. Dans cette configuration où le peuple n’a plus rien à espérer de guignols de la politique, à quoi bon se rendre dans les bureaux de vote ?

Si l’issue autoritaire de cette élection semble d’ores et déjà certaine, il n’en est pourtant rien de celui ou celle qui conduira la politique d’austérité, chère aux complices européistes. Même si la logique des prévisions laisse peu de chance à Marine Le Pen de remporter la victoire finale, les sondages ne reflètent sans doute pas le haut niveau de défiance d’électeurs qui ont désormais compris la leçon. Quand depuis des lustres nombre d’ouvriers, de retraités pauvres et de travailleurs précaires estiment qu’il suffirait de quelques années du Front national au pouvoir pour « remettre de l’ordre » et que, malgré les promesses toujours déçus, ces électeurs se sont jusqu’alors majoritairement pliés à respecter la « tradition républicaine », cette fois la victoire du Front national n’est plus à exclure. Un révélateur marquant de cette hypothèse est la réaction inquiète du monde financier qui spécule déjà sur les conséquences d’une rupture de la France avec l’Union européenne, certain que l’accession de Marine Le Pen au trône de la République signifierait une perte financière catastrophique. Or, nous n’y sommes pas, et si cette perspective fait l’effet d’un épouvantail non pour l’oligarchie qui se donne toujours les moyens de son influence, mais pour le peuple qui doit soutenir cette crainte, la sortie de la France de l’Union européenne n’est absolument pas acquise par le simple vote frontiste. Marine Le Pen a pris les précautions utiles pour lui permettre toutes les annonces anti-européennes durant sa campagne, mais elle précise aussi qu’elle laisse la décision à l’initiative du peuple par un référendum. Nous pourrions être satisfaits de cette mesure qui correspond tout à fait à la notion élémentaire de démocratie. Sauf que la société étant régie par des influences de tous ordres, médiatiques, culturelles et éducatives notamment, il devrait être aisé de peser suffisamment pour conduire le vote référendaire vers l’objectif voulu. Et si d’aventure ce vote répond majoritairement OUI à la sortie de l’Union européenne, le précédent de 2005 nous confirme que l’exercice dit démocratique est toujours biaisé. Bref, que ce soit l’un ou l’autre des candidats favoris, aucun ne s’opposera aux pouvoirs autoritaires de l’Union européenne pour sortir de l’austérité.

Les jeux étant faits, il n’y avait de toute façon rien à espérer des candidats dits de gauche. Ces derniers n’auront même pas l’occasion de tromper leurs électeurs à la manière d’un François Mitterrand en 1983. Car en effet, si ces candidats préfiguraient réellement d’une alternative crédible, leur premier objectif serait non de changer de République comme le propose Jean-Luc Mélenchon, mais de l’abolir pour inventer enfin la démocratie. Au lieu de cela, n’hésitant pas à se confondre en contradictions, notre tribun affirme vouloir s’exclure du jeu politique pour laisser opérer une Constituante et céder un programme de parti dont les constituants orphelins s’inspireront opportunément. Mélenchon invente la politique par procuration et laisse à ses cofondateurs du Parti de gauche le soin de conduire son programme à bon port. Il s’agit bien d’une continuation du principe républicain, hypocrite de surcroît. De démocratie, nulle trace ! Et ce constat est effrayant à plus d’un titre. Si Jean-Luc Mélenchon se fait le prêtre de la République en traitant bien des sujets comme l’écologie et le numérique, ceux-ci prennent un virage surprenant par le caractère opportuniste de marchés qu’il dit prometteurs. A l’identique de ces syndicalistes de la CGT qui regrettent l’hypothèse de la fermeture de leurs centrales nucléaires pour défendre l’emploi, faisant fi de toutes menaces pour l’humanité (Tchernobyl, Fukushima), Mélenchon use finalement des arguments du MEDEF pour faire travailler les Français, quels que soient les enjeux pour la planète, quelles que soient les conséquences d’une aliénation numérique qui vous prend votre temps de vie, tout le jour, et même la nuit. C’est déjà plusieurs générations, c’est-à-dire non seulement les populations jeunes, qui sont confrontées à l’addiction numérique et ne dorment plus, ne vivent plus. Si l’aliénation numérique est déjà bien installée dans la vie privée, elle se complétera par une vie professionnelle transformée qui, selon Jean-Luc Mélenchon, serait une formidable chance pour l’économie du pays. La tentation était grande de faire son Macron de gauche. L’oligarchie économique n’en veut pourtant pas.

Reconnaissons que le candidat de la VIe République est un des rares prophètes à se plier à un véritable exercice politique, même si ses points de vue restent fort discutables. Il en est tout autre de ses adversaires qui se contentent, eux, de réagir aux « affaires » ébruitées par les médias. Tandis que le fantôme Fillon erre avec des certitudes qui le placent au rang d’une sorte de Don Quichotte de la politique, Marine Le Pen à son tour est confrontée à la justice des médias dont le seul objectif est de l’éliminer de la course. Il ne reste donc plus que le jeune prétendant Macron pour calmer les inquiétudes du monde financier. Mais de politique, toujours pas question. Lorsque l’ambitieux énarque se risque sur le terrain politique, c’est pour affirmer que le peuple ne serait nullement intéressé par le revenu universel, puisqu’il en dispose déjà, c’est le RSA ! Au-delà des effets de manche qui pourraient prêter à sourire si de tels pantins ne proféraient pas des âneries méprisant les pauvres et les travailleurs précaires, la seule préoccupation de cet ancien cadre de la banque Rothschild est de soutenir l’économie. Au crépuscule de la vie planétaire, à l’heure où des centaines d’espèces animales sont vouées chaque jour à l’extinction, où des pollutions de tous ordres menacent directement l’équilibre climatique du globe, où la santé des êtres humains est menacée par une industrie alimentaire nocive, aggravée par une industrie chimique qui, notamment par les perturbateurs endocriniens, expose la vie à toutes sortes de cancers, aucun candidat ne prend la mesure de ses responsabilités. Pourquoi la prendrait-il une fois élu ? À l’heure d’une Révolution qui, à défaut d’être sociale n’est que numérique, à l’heure où les bouleversements qu’on pressent risquent de secouer plus fort encore que lors de la Révolution industrielle une société crispée sur l’idée nostalgique des Trente glorieuses, à l’heure enfin où cette Révolution exacerbera les inégalités, jetant des masses de travailleurs dans la pauvreté la plus crue, tandis qu’explosent les profits d’une oligarchie satisfaite, qui s’occupe encore du bien commun pour refonder une société juste, libre et apaisée ? Quelle femme, quel homme politique aurait le courage qu’aurait le peuple lui-même pour prendre en main sa propre destinée si on lui laissait l’initiative démocratique ? Le jeu des partis politiques est à ce point dévoyé qu'il ne se concentre guère plus aux besoins essentiels du peuple. Quand l'humanité est menacée par les effets toxiques d'une économie qui n'a que faire de ses déchets polluants, il faut rendre la monnaie à ceux qui nous gouvernent ou qui s'apprêtent à le faire. Lorsque même les partis se réclamant de l'écologie ne s'occupent guère plus que des places qu'ils réservent à leurs chefs, alors cette politique-là ne vaut plus qu'on se donne la peine de voter. L'abstention devient un devoir citoyen.

Comment peut-on offrir le moindre crédit à des représentants politiques qui ne subiront jamais eux-mêmes les conséquences ravageuses de lois qu’ils créent au détriment du peuple ? Et si malgré l’illusion d’un pouvoir largement concédé aux technocrates de la Commission européenne, les candidats à la magistrature suprême évoquent néanmoins des propositions de programme dont ils savent pertinemment qu’ils ne pourront les appliquer, qui peut croire encore à un quelconque changement sachant que la souveraineté nationale est confisquée par les Traités européens ? Certains gauchistes crieront au scandale à imaginer ce retour à la souveraineté par la sortie unilatérale de l’Union européenne. Ils confondent malheureusement internationalisme et mondialisation et ne comprennent pas que l’Union européenne est plus l’outil économique qui pèse sur les peuples et nullement une communauté pouvant peser efficacement contre les marchés financiers. Ce socialisme-là ne fonctionne pas ! Paradoxalement, si l’idée internationaliste pouvait avoir un certain sens du temps de Trotski, à une époque où tous les pays européens bénéficiaient d’une autonomie politique et économique, l’Union européenne est aujourd’hui un piège qui rend impossible le moindre bouleversement social selon l’idéologie révolutionnaire. C’est peut-être cette impossibilité que cherchent justement nos héros des temps modernes. À l’image d’une CGT qui ne vit que par le conflit social, l’Union européenne offre de bonnes places qui permettent de tergiverser durant des décennies sans jamais rien changer à la politique, pourvu qu’elle permette au monde financier et économique de prospérer. Le peuple, pendant ce temps, se laisse éconduire par des gesticulations relayées par les médias… le temps de retourner au travail et de perpétuer sa vie misérable.

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