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Depuis plusieurs mois déjà, nous avons décidé de ne plus faire évoluer le site www.novorga.fr, constatant que la société n'est pas prête à se confronter aux crues réalités de sa condition. Aveuglés par un environnement médiatique et culturel qui empêche toute réflexion critique, les travailleurs-consommateurs se vouent sans retenue à leur servitude insensée, se posant leurs propres chaînes sans oser affronter les causes de leur misère.

Notre espoir se fonde désormais sur les conséquences catastrophiques qui nous fracasseront à très brève échéance contre les murs politiques, économiques et environnementaux, impasses qui ouvriront, tardivement certes, les yeux d'une société aux abois. Il ne nous semble donc plus nécessaire de nous exprimer tel un Don Quichotte vertueux. Le cataclysme proche fera son œuvre.

Dans les jours à venir, nous mettrons fin définitivement aux publications de notre site. Nous remercions les rares intervenants qui nous ont soutenu dans cette aventure et les invitons à rester vigilants et à poursuivre leur lutte contre les pouvoirs.

Merci !

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Ce sont en particulier les organisations politiques d’extrême gauche qui véhiculent, notamment à travers l’idéologie trotskiste, la notion d’internationalisme, une organisation de lutte sociale qui doit s’opérer au niveau mondial pour terrasser l’Hydre capitaliste. Pour la gauche de gouvernement et ses affidés, comprenant outre les alliés historiques, désormais aussi tous les partis de droite, hors droite dite extrême, l’Union européenne constitue justement une institution tendant vers cette communion capitaliste qu’elle estime incontournable, appuyant l’argument farfelu de la sauvegarde de la paix. C’est donc par une douce transition que gauche et extrême gauche, droite aussi, prêchent pour une union des peuples, les uns pour sauvegarder prétendument la paix, les autres pour unifier et amplifier les luttes sociales. Mais ces idéologies se heurtent comme toujours à des réalités que de nombreux partis refusent d’entendre, contribuant ainsi à former des obstacles puissants à la libération du joug capitaliste. Tandis que les électeurs comprennent que l’oligarchie politique ne parle pas le même langage que les salariés et les chômeurs, ces derniers font parler le désespoir soit par une abstention de plus en plus massive, soit par un vote de contestation qui profite à l’extrême droite. Ainsi, l’idée d’une sortie unilatérale de l’Union européenne et de l’euro est attribuée exclusivement au Front national comme une idéologie fasciste, aux antipodes des idéologies de tous les autres partis, servant ainsi les intérêts du capitalisme mondialisé et renforçant pour longtemps l’impossibilité d’une lutte sociale à grande échelle. Car il ne faut pas confondre internationalisme et mondialisation.

Si la notion d’internationalisme, chère à Karl Marx, avait son sens dans un contexte géopolitique où les pays européens bénéficiaient de leur souveraineté nationale, elle permettait en effet d’imaginer qu’une organisation internationaliste pouvait influer suffisamment pour contribuer à une union des travailleurs au plan mondial en vue d’imposer un rapport de force favorable. C’est d’ailleurs la Révolution russe de 1917 qui illustre cette montée en puissance du prolétariat et qui a profondément bouleversé les rapports géopolitiques au cours de la première Guerre mondiale. Et, en effet, Léon Trotski a fortement contribué à l’organisation d’un mouvement politique international en vue d’installer l’hégémonie d’une classe ouvrière qui devait développer de nouveaux rapports économiques et politiques, fondés sur l’autodétermination, la coopération et la redistribution. On sait ce qu’est devenue cette organisation dite internationaliste qui, se confrontant aux événements de l’histoire et, bien entendu, à la réaction des puissances capitalistes, n’a pas survécu. Quand, à l’image des partis communistes éteints, les groupuscules trotskistes cherchent sans relâche à revitaliser leur idéologie sans l’adapter aux réalités d’aujourd’hui, on ne peut que se désoler d’esprits aussi peu imaginatifs pour mener le combat. Il est évident que si le débat intellectuel n’évolue que strictement selon des concepts d’un autre temps, non seulement ces politiques en herbe s’enferment dans un piège tendu par la réaction – elle s’est toujours saisie des idéologies de ses adversaires pour les retourner en sa faveur –, mais ils contribuent à renforcer les conditions favorables aux marchés. Ainsi, l’Union européenne, cette organisation capitaliste largement inspirée par des organisations oligarchiques états-uniennes, n’est pas le terrain favorable permettant de contribuer à la lutte sociale amplifiée.

En accompagnant une situation économique et politique qui leur est imposée par l’élite européenne, les mouvements d’extrême gauche ne font qu’affaiblir les capacités de lutte des peuples concernés. Pire, attribuant à l’extrême droite la seule solution permettant d’envisager une lutte efficace pour s’opposer à l’optimisation du capitalisme par la mondialisation, les mouvements trotskistes ferment définitivement la porte à une libération de l’aliénation généralisée. C’est d’ailleurs une situation qui se confirme cruellement par le comportement de ces organisations qui considèrent que cette libération ne peut survenir que par des manifestations sages et disciplinées... dans un cadre transnational. Leur implication marquée auprès des organisations syndicales, en particulier la CGT, reflète cette volonté de se saisir du pouvoir grâce à l’intervention massive des travailleurs. Sauf que les rapports de force n’étant pour le moins que peu favorables, ces organisations se contentent de gesticulations qui n’ont absolument aucun effet ni sur les conditions de travail, ni évidemment sur les bouleversements politiques tant espérés. La Révolution trotskiste ne sera pas pour tout de suite.

Et ce ne sont certainement pas des manifestations syndicales, organisées au niveau européen, qui contribueront à une globalisation des luttes pour affronter une mondialisation économique et financière d’une puissance inégalée. Toutes les initiatives de la Confédération européenne des syndicats (CES) ont montré non seulement l’inefficacité d’une lutte au niveau européen, mais ont confirmé même une complicité évidente avec les pouvoirs politiques de l’Union européenne. Qu’ils soient politiques ou syndicaux, les acteurs de la grande comédie sociale, proches, trop proches des pouvoirs, n’ont guère de choix que de céder aux appels charmeurs, visant à fluidifier les rapports par toutes sortes d’appâts. L’argent joue un rôle essentiel. Il est aussi le nerf de cette guerre-là. L’agitation des tenants de l’entrisme produit exactement les mêmes effets tant au niveau national, à travers la CGT et la CFDT, qu’au niveau européen, à travers la CES et la Confédération syndicale internationale (CSI). Les expressions revendicatives légitiment les pouvoirs répressifs et oppressants par les concessions d’un pseudo contre-pouvoir, destiné à afficher l’opposition des syndicats et des formations politiques sans jamais leur permettre le moindre succès social. Quelle manifestation, quelle initiative, quelles qu’elles soient, ont permis ces dernières décennies de remporter la moindre victoire syndicale ? Quelle mesure a soulagé ces dernières années le poids du salariat par l’intervention, même massive, des travailleurs à l‘appel des syndicats ? Si en 2006, les lycéens et étudiants ont gagné la bataille du contrat de première embauche, ce n’est que grâce à leur intransigeance que craint justement le pouvoir. Les syndicats n’ont fait que suivre opportunément le mouvement, se couronnant comme à chaque fois des lauriers d’une victoire qui ne leur appartient pas. De même, quand une vraie lutte s’est engagée grâce aux « casseurs » lors de l’affrontement contre la « loi travail », la CGT s’est clairement rangée aux côtés du pouvoir en organisant elle-même une police qui vise à respecter strictement l’ordre républicain, tandis que l’oligarchie s’amuse de constater que l’agitation cégétiste n’aboutira pas au moindre infléchissement de ses objectifs. Les conditions de travail subissent et subiront encore une pression insupportable au point que, sans aucun doute possible, les travailleurs, à l’image d’une jeunesse excédée en 2006, s’organiseront eux-mêmes pour casser définitivement cette pente douce qui nous mène à la barbarie. Ne doutons pas alors de la stratégie habituelle des organisations syndicales à se rallier à une rupture sociale imposée, mais qui, par son intervention éventuelle, sera déterminée à réduire l’élan révolutionnaire. Il ne faudra pas hésiter alors à s’opposer à l’action pernicieuse des syndicats dans un combat qui les range au même niveau que les pouvoirs politiques autoritaires, aux ordres de l’oligarchie économique européenne.

À l’instar des syndicats qui ne vivent que grâce à la permanence des conflits sociaux, qu’ils attisent et amplifient dans la rue pour faire perdurer leurs affaires, les organisations politiques illustrent leur inefficacité coupable par les mêmes gesticulations au Parlement européen. Les débats ont beau fleurir et sentir bon le combat idéologique, aucune décision n’a jamais permis de faire évoluer les conditions sociales des peuples, soumis à la rigueur d’un capitalisme libéré par les institutions européennes et contenant les revendications un peu trop osées. Lorsque syndicats et partis de gauche soutiennent ce système en ne considérant que l’unique scénario possible d’une lutte à l’intérieur des institutions européennes – « changer l’Europe » –, ils cèdent aux réalités des théories qui ne permettront jamais d’évoluer, mais qui laisseront croire que ces organisations s’engagent en faveur d’un internationalisme conquérant. Sauf que cette stratégie de longue haleine risque non seulement de perdurer sans le moindre résultat – serait-ce voulu ? –, mais si d’aventure les peuples d’Europe parvenaient à menacer l’ordre oligarchique au point de le renverser, que nous garantirait la consolidation d’une révolution au sein d’un empire... prolétaire ? Serait-il possible, souhaitable de prendre la place de nos maîtres à l’échelle européenne ? L’imaginaire internationaliste manque de rigueur en ce qu’il ne pose pas concrètement les conditions d’une réalité à construire. Mais outre cet handicap, l’idéologie doit faire face à une contradiction imbriquée qui consiste à ne pas tolérer le discours de l’extrême droite, même s’il contribue à la libération politique d’institutions oppressives. La réalité des rapports sociaux, défavorables aux travailleurs, impose une sortie du carcan européen pour construire une société nouvelle. Si la crise à venir, qu’elle se manifeste par la sortie de l’Union européenne ou par des tensions sociales de type révolutionnaires, permet de définir de nouvelles règles, c’est l’occasion d’introduire des mécanismes politiques qui établissent véritablement la démocratie. Mais l’avènement d’une démocratie, c’est-à-dire tout le contraire du cadre républicain actuel, ne dépend que de la volonté intransigeante d’un peuple conscient de son pouvoir politique pour renverser la table. Le slogan de Karl Marx dans son Manifeste du Parti communiste – « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » – reste évidemment valable dans la mesure où il considère que les partis politiques ne sont pas des structures qui permettent aux travailleurs de gagner les luttes.

Quand des organisations dites de gauche se fondent sur des théories ancestrales dont se sont emparées entre-temps les forces opposées pour établir leur hégémonie, la persistance à s’y référer ne devient non seulement suspecte, mais confirme un alibi qui ne sert qu’à les faire vivre. L’utilisation du concept internationaliste pour peser sur les pouvoirs à l’échelle européenne constitue la même stratégie que celle des syndicats qui exercent un pseudo contre-pouvoir dans les entreprises. Si le constat est d’autant plus évident dans une période où le déclin du salariat se manifeste par une pression sociale inégalée, de tels contre-pouvoirs ne sont jamais parvenus aux conquêtes que grâce à la participation résolue des salariés eux-mêmes. Au regard des obstacles que présentent ces organisations, il convient de les chasser au même titre que les pouvoirs oligarchiques pour s’organiser selon des principes démocratiques solides. Les grandes victoires sociales ne seront jamais l’aboutissement d’organisations à la solde des pouvoirs, mais, comme le disait Karl Marx : « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

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