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Depuis plusieurs mois déjà, nous avons décidé de ne plus faire évoluer le site www.novorga.fr, constatant que la société n'est pas prête à se confronter aux crues réalités de sa condition. Aveuglés par un environnement médiatique et culturel qui empêche toute réflexion critique, les travailleurs-consommateurs se vouent sans retenue à leur servitude insensée, se posant leurs propres chaînes sans oser affronter les causes de leur misère.

Notre espoir se fonde désormais sur les conséquences catastrophiques qui nous fracasseront à très brève échéance contre les murs politiques, économiques et environnementaux, impasses qui ouvriront, tardivement certes, les yeux d'une société aux abois. Il ne nous semble donc plus nécessaire de nous exprimer tel un Don Quichotte vertueux. Le cataclysme proche fera son œuvre.

Dans les jours à venir, nous mettrons fin définitivement aux publications de notre site. Nous remercions les rares intervenants qui nous ont soutenu dans cette aventure et les invitons à rester vigilants et à poursuivre leur lutte contre les pouvoirs.

Merci !

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Les stratégies politiques de nos élus sont à ce point une composante essentielle de leur œuvre qu’elles supplantent l’objectif premier, celui de garantir le bien commun. Si leurs discours restent ceux de promesses toutes plus séduisantes les unes que les autres, les élus ne cachent guère plus des combines qui produisent à termes des résultats inattendus. Tandis que la professionnalisation de ces stratèges se fait l’obstacle de toutes les pratiques démocratiques, les citoyens subissent en masse les conséquences de ces combines, devenant pour les intéressés eux-mêmes, un piège qui peut bouleverser les calculs les plus savants. Quelle que soit leur obédience, ils sont rares les élus qui ne participent pas activement à ces combines, une spécialité inaugurée par François Mitterrand en 1986, au lendemain d’un déclin brutal de son règne. Se souvenant soudain que l’une des 110 propositions de sa candidature à l’élection présidentielle de 1981, celle d’intégrer une représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale, pouvait lui servir pour maintenir son pouvoir, c’est cet « homme de gauche » qui a fait entrer 35 députés du Front national au palais Bourbon. Certes, Jacques Chirac a rapidement mis fin à la parenthèse opportunément démocratique d’une droite décomplexée qui pouvait enfin profiter d’une tribune nationale. Mais le bavardage autour du « barrage au Front national » n’a cessé depuis de masquer tous les sujets essentiels : le chômage, la pauvreté, les inégalités sociales ; laissés aux seules mains du Front national. Certes, le Front national n’est pas le seul à s’en saisir véritablement, mais il est le seul à formuler des propositions qui répondent sans détour, du moins en apparence, aux attentes de la masse des exclus.

On peut s’interroger sur cette singularité du débat politique français qui fait apparaître la candidate « frontiste » à l‘élection présidentielle comme seule opposante résolue à la caste oligarchique. Faisant de cette candidate l’objectif ultime d’un combat qui consiste à n’évoquer que la seule lutte contre les « idées extrémistes », les pouvoirs successifs, à gauche comme à droite, se sont gaiement partagés le « diable de confort » pour s’assurer leur victoire dans un système d’alternance politique navrant. Après des décennies de ce jeu d’alternance, les électeurs ont enfin compris que leur bulletin de vote participe à cette duperie et ne laisse aucune chance à un quelconque progrès social, qu’il vienne de droite, de gauche ou même de l’extrême droite. François Mitterrand avait ouvert la voie dès 1983 pour mettre fin lui-même aux résolutions de sa candidature et imposer « la rigueur ». L’expérience des quatorze années de son règne a montré qu’il était possible de tromper longtemps le peuple tout en se disant de gauche, et même socialiste. La droite s’est elle-même saisie de cette logique qui présente l’avantage précieux, outre celui d’un débat centré exclusivement sur la lutte des « idées extrémistes », de préserver la tradition d’un partage des pouvoirs entre droite et gauche institutionnelles. Tandis que les campagnes électorales devraient être des moments politiques forts, le système de l’alternance, garanti par les gesticulations autour du Front national, évacuent tout vrai débat de fond, permettant aux candidats de défendre leur cause tel un candidat de jeu « télévisé ». Le candidat Macron, socialiste non encarté, porte-drapeau de l’oligarchie financière, communiquant des « enfants de la télé », a bien compris que la question du programme politique n’a plus son importance. Les électeurs sont bien plus attentifs aux « clashs » médiatiques, aux effets de manches, aux « scandales », aux idées iconoclastes exprimées aux heures de grande audience, sans nécessairement se rendre compte que tous ces événements médiatiques n’occupent l’espace des débats que pour des aspects superficiels et sans rapport avec les misères sociales persistantes. Car les vrais sujets politiques, ceux qui sont censés résoudre les difficultés des Français, devraient être précisément du ressort de candidats qui ne se font plus que les guignols de la République. Si ces candidats ont bien compris qu’ils ne représenteront qu’un intermédiaire, somme toute symbolique, d’une nation soumise aux lois de la machine européenne, les électeurs doivent comprendre, eux, que leur vote ne fera que valider un pouvoir qui n’en est plus un. Alors que la duperie politique permet de masquer le transfert de la souveraineté nationale vers un pouvoir de type dictatorial, tous les partis politiques, en particulier à gauche et à l’extrême gauche, font vivre la pseudo-démocratie par une lutte exclusive contre la « peste brune ». Cette lutte, une spécialité des formations trotskistes qui, comme par hasard, n’ont aucune difficulté à recueillir les 500 signatures pour prétendre à une candidature aux élections présidentielles, cette lutte participe au partage des pouvoirs pour garantir l’hégémonie d’une aristocratie politique, sûre de ses objectifs.

Quand toutes les formations politiques, tous les partis, tous les « mouvements politiques » concentrent leurs efforts presque exclusivement pour faire échec au Front national, ils ne servent pas la cause du peuple, car ils ne s’inquiètent que de leur propre intérêt, celui de perpétuer un système politique leur assurant de confortables sièges auprès de toutes les institutions de la République. Mais après plus de trois décennies d’une duperie qui se fait désormais un peu trop voyante, l’abstention, même pour une élection qui, traditionnellement, se veut très suivie, devient le vrai parti des Français, le parti de ceux qui ne misent plus d’espoir dans une démocratie morte. Si pour contredire ce constat, les militants de la France insoumise opposent les sujets qu’ils exposent à travers le programme politique de Jean-Luc Mélenchon, ils restent muets, incertains, voire ambigus sur des questions essentielles comme l’exercice de la démocratie et la souveraineté nationale. Quand l’intention d’une 6e République prouve l’attachement à un système représentatif qui s’oppose à la démocratie dans son acception originelle, à savoir un pouvoir détenu par le peuple, toute l’ambivalence du candidat Mélenchon se fait jour à travers un long passé politique, fait de combines et de stratégies mitterrandiennes. Cet admirateur de « Tonton » ne s’embarrasse point des louanges qu’il chante à un monarque républicain qui a confié les clefs de la France à l’Union européenne. Il garde sans doute de son illustre modèle l’ambivalence stratégique qui fait de ces « grands hommes » de véritables Machiavels de la politique. Quand cet ancien trotskiste (encore un trotskiste ?) fait feu de tout bois pour gravir les échelles du pouvoir, c’est pour perpétuer une soi-disant démocratie qui exclut le peuple de toute décision. Et en professionnel de la politique, Jean-Luc Mélenchon use des mêmes techniques qui font la joie des médias, allant jusqu’à proposer des shows qui le font paraître tel un dieu à travers un hologramme. La foule s’est bien amusée pendant ce spectacle, mais il n’est pas certain qu’elle ne se soit pas aperçue d’une mise aux rebuts de la politique au profit des médias indulgents. La démonstration navrante de ce constat est intervenue à la fin de son show quand de rares communistes se sont soudain mis à chanter l’Internationale, timidement suivis par les animateurs qui n’avaient apparemment pas prévu de faire honneur à ce qu’il reste de la notion de combat politique. Car visiblement, il ne s’agissait nullement de s’adresser aux masses prolétariennes, mais de caresser des électeurs de la classe moyenne, enchantés par un défenseur résolu de leur cause. Il n’est pas question de lutter contre la pauvreté, ça, dans un monde globalisé, ce n’est sûrement plus possible, mais de lutter contre la menace d’une pauvreté qui peut concerner désormais aussi la classe dite moyenne. Voilà des électeurs que François Mitterrand a bien su privilégier comme des clients électoraux indispensables, tandis que les classes dites populaires seraient faciles à tromper. Jean-Luc Mélenchon applique à la lettre les stratégies de son modèle.

Droite et gauche, unis dans un même alibi politique pour justifier leur opposition au parti d’extrême droite, toutes les idées que peut développer le Front national sont à combattre, même celles qui répondent à la détresse des citoyens les plus démunis. Tous les partis politiques se sont ainsi enfermés dans un piège qui consiste à combattre le Front national, au lieu de combattre les nombreuses menaces qui guettent une société déjà bien précarisée. Cette stratégie à sens unique constitue une impasse qui libère la voie au parti d’extrême droite, fier de clamer les revendications d’un peuple délaissé. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que la victoire de Marine Le Pen ne tient plus qu’à un cheveu. Si jusqu’alors, personne ne se risquait de l’admettre, plusieurs semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle, des politologues n’excluent plus, démonstration « scientifique » à l’appui, la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen au second tour. La catastrophe est-elle inévitable ? Si la grande majorité des délaissés de la République ne se pose même plus forcément la question, l’oligarchie économique et financière se doit d’interroger toutes les éventualités. Car c’est en fonction des réponses qu’elle se fait qu’elle cédera le pouvoir, même si une présidence d’obédience « frontiste » se fait autoritaire, pourvu que cette oligarchie puisse bénéficier du libéralisme capitaliste qu’elle entend maîtriser. En matière de libéralisme économique, il n’y a aucun doute possible que Marine Le Pen soutienne ardemment les intentions de ses commanditaires mondialistes. Contrairement à ses déclarations – nous ne sommes plus à une tromperie près –, il n’y a donc aucun doute possible qu’elle n’a nulle intention de briser l’organisation capitaliste de l’oligarchie : l’Union européenne. Se serait se tirer une balle dans le pied que de refuser au vrai pouvoir, celui du capitalisme mondialisé, les instruments de son succès. Il est ainsi clair que rien ne s’oppose à ce que le trône de la République puisse être cédé à quelque personnage qu’il soit, même au pire. Il fut un temps, le pire des candidats était socialiste, aujourd’hui, il est d’extrême droite. L’histoire a montré qu’aucun pouvoir républicain ne résistait aux injonctions de l’oligarchie capitaliste. Dont acte !

La démonstration est faite que le simulacre démocratique ne bénéficie qu’à l’oligarchie économique et financière, et surtout à l’aristocratie politique que son système républicain fait perdurer avec l’idée trompeuse d’un pouvoir concédé aux citoyens à travers l’élection. Mais c’est quand l’urgence sociale se fait de plus en plus forte, que les contradictions se révèlent avec une acuité sans pareille, faisant apparaître l’absurdité d’une validation du peuple, par son vote, des peines qu’il se voit infliger à terme par ses maîtres. Si les médias peinent désormais à soutenir un système qui ne bénéficie plus d’aucune légitimité et se voit même condamné, notamment à travers les réseaux sociaux, la démocratie n’est pas pour autant, pour l’instant en tout cas, la voie privilégiée d’un peuple dessaisi de son pouvoir. Pourtant, ce pouvoir qui lui revient par la conception même d’un système politique revendiquant la justice sociale, ne peut être conquis que grâce à l’idée jamais réalisée de la démocratie. Or, la démocratie ne peut être que l’œuvre du peuple tout entier, car une fraction très politisée de la population n’a aucune légitimité autre que celle de ses propres intérêts. Cette fraction ne peut donc s’octroyer le pouvoir au nom de la démocratie. Ainsi, la démocratie ne peut se concevoir comme un système de représentation que dès lors que cette représentation s’impose à chaque citoyen, quel qu’il soit, pour une durée courte, sous le contrôle du peuple et révocable à tout instant. Lorsque le peuple aura saisi son rôle dans la mise en œuvre de la démocratie, il n’aura plus à choisir le candidat le moins pire, voire le pire pour clamer son indignation. Il décidera pour la première fois... depuis la Révolution française.

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