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Depuis plusieurs mois déjà, nous avons décidé de ne plus faire évoluer le site www.novorga.fr, constatant que la société n'est pas prête à se confronter aux crues réalités de sa condition. Aveuglés par un environnement médiatique et culturel qui empêche toute réflexion critique, les travailleurs-consommateurs se vouent sans retenue à leur servitude insensée, se posant leurs propres chaînes sans oser affronter les causes de leur misère.

Notre espoir se fonde désormais sur les conséquences catastrophiques qui nous fracasseront à très brève échéance contre les murs politiques, économiques et environnementaux, impasses qui ouvriront, tardivement certes, les yeux d'une société aux abois. Il ne nous semble donc plus nécessaire de nous exprimer tel un Don Quichotte vertueux. Le cataclysme proche fera son œuvre.

Dans les jours à venir, nous mettrons fin définitivement aux publications de notre site. Nous remercions les rares intervenants qui nous ont soutenu dans cette aventure et les invitons à rester vigilants et à poursuivre leur lutte contre les pouvoirs.

Merci !

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Le concept de la lutte des classes, qui plonge ses racines au XIXe siècle, met en lumière les intérêts divergents de classes sociales antinomiques. Il révèle notamment l’exercice de pouvoirs opposés, en particulier grâce à l’essor industriel qui a contribué au bouleversement d’une société autrefois rurale et traditionnelle. Karl Marx en a fait le sujet principal de sa théorie, appuyant des principes économiques et sociaux qui gardent tous leur sens dans une société qui subit actuellement des transformations profondes. Les effets des intérêts contradictoires s’intensifient par l’émergence des nouvelles techniques de l’information, révolution culturelle et sociale d’un autre genre, contribuant à exclure les masses indigentes. Et ce sont ces nouvelles techniques qui participent directement à l’établissement d’une idéologie politique, économique et sociale, conduisant à installer l’informatique et ses vecteurs comme un progrès incontournable. La pression de l’information continue et l’usage permanent des outils qui y participent divisent la société selon la capacité des consommateurs à maîtriser ces techniques. Seuls ceux qui ont pris le train en marche bénéficient de progrès apparents que font miroiter les « réseaux sociaux », laissant apparaître une intensification présumée des liens sociaux tandis que s’installe un individualisme non avoué. La maîtrise de ces techniques, allant de soi pour les générations montantes, tend à établir des liens étroits entre le niveau d’instruction des utilisateurs et leur accès aux bénéfices économiques de leur usage. Pendant ce temps, se conformant aux orientations d’une société de la communication qui produit des individus plus isolés que jamais, les dirigeants politiques et syndicaux se font les chantres d’une société nouvelle qui tend à engendrer des conflits sociaux inédits.

Ce n’est pas tant les dirigeants politiques qui illustrent ce repositionnement idéologique pour servir les intérêts d’une catégorie sociale devenue majoritaire, à savoir la classe dite moyenne. C’est curieusement la CGT, et plus particulièrement en la personne de son chef, Philippe Martinez, qui montre à quel point le vent à tourné en faveur de travailleurs laissés jusqu’alors aux mains de la CFDT. Si l’UGICT a très tôt cherché à démontrer qu’elle se devait d’être à la pointe du combat en prenant la cause des cadres comme une part de l’électorat syndical à conquérir, c’est tout le syndicat dit ouvrier qui réoriente désormais son activité pour soutenir non seulement les cadres, ce qui constitue en soi un revirement fondamental, mais tous les autres travailleurs qui n’ont jamais porté ni le marteau, ni la faucille. Ce revirement dramatique se caractérise par différents aspects contradictoires qui plongent de nombreux militants de la CGT dans le désarroi. Il constitue une continuation de la désaffection syndicale, singularité parmi tous les autres pays d’Europe. La première contradiction semble évidente pour quiconque aura combattu le pouvoir exorbitant du patronat, soutenu depuis des décennies par les pouvoirs politiques de droite et de gauche. Se fondant sur les théories marxistes, en collaboration étroite avec un Parti communiste aujourd’hui cliniquement mort, la CGT a connu ses grands jours en accompagnant les masses de travailleurs dans les usines de construction automobile, de construction navale, les chemins de fer, la métallurgie, la santé, etc. Or, la modernisation des procédés de fabrication et de gestion, et la fuite des investissements industriels vers des pays européens à salaires concurrentiels, a conduit à pousser vers le chômage des millions d’ouvriers, sans réussir à compenser le déficit de travailleurs par une réorientation massive de l’activité vers l’informatique. Il ne pouvait d’ailleurs y avoir d’équilibrage quand on sait que l’intention du patronat n’est pas tant de « moderniser » son activité que de réduire la masse salariale, synonyme de conflits sociaux. Tous ces travailleurs, fidèles à la CGT, n’ont guère trouvé d’appui dès lors qu’ils ont été confrontés au chômage. Certes, la CGT comporte bien dans sa structure une organisation dédiée aux chômeurs, mais cette subdivision syndicale, fantomatique, n’a jamais réussi à construire le moindre rapport de force pour reprendre, voire poursuivre la lutte avec ses militants perdus, souvent ouvriers. Il est étonnant de constater que la CGT court après tous ces nouveaux travailleurs, cadres ou, en tout cas, employés dans le secteur tertiaire, alors que si elle organisait le combat avec les millions de chômeurs ultra-disponibles pour mener la lutte, les manifestations de plus en plus symboliques, aujourd’hui, constitueraient un véritable raz-de-marée, force nouvelle qui ferait trembler n’importe quel gouvernement.

170514 on n en veut pas reduitOn comprend mieux la situation si on tient compte des enjeux financiers syndicaux auxquels contribue le patronat. On sait désormais que les cotisations syndicales sont loin de satisfaire le besoin de financement récurant des grandes organisations syndicales. Si les flux financiers proviennent essentiellement de dispositions légales contribuant à soutenir le syndicalisme, en particulier dans les grandes entreprises et l’administration et notamment par le truchement de la formation professionnelle, il n’y a absolument rien à espérer des chômeurs que l’État tend à discriminer comme des fainéants pour justifier d’une indemnisation minimaliste. La CGT, comme toutes les autres organisations syndicales, n’est donc pas capable de mener la lutte avec les chômeurs, car elle ne peut se rémunérer auprès de cette masse indigente. Le syndicat perdant progressivement ses bastions, gardés par des ouvriers portant désormais la cravate – une caricature certes, mais pas si éloignée de la réalité –, il n’a pas d’autre choix que de chercher ses militants parmi les « traîtres » de la CFDT. C’est ainsi que la CGT prend les couleurs de la CFDT, se targuant d’une « modernisation » de ses propres orientations. Le soutien à peine voilé d’un syndicalisme européen, porté par l’alibi d’un internationalisme communiste, en contradiction totale avec le moindre succès espéré d’une massification prétendue de la contestation, tend à confirmer un positionnement catégoriquement refusé par la classe ouvrière. Souffrant depuis plus de trente ans du poids du chômage qui ne cesse de s’intensifier, les ouvriers se distancient radicalement d’un syndicalisme qui ne fait qu’accompagner les intérêts du grand patronat. Il n’est pas étonnant dès lors de constater, après de très nombreuses déceptions qu'ont provoquées les intiatives manquées des dirigeants politiques et syndicaux de gauche, que les ouvriers soient déterminés à « renverser la table » à leur manière. Comment peut-on négliger un appel aussi clair de la classe ouvrière quand, par désespoir de cause, elle s’apprête désormais à soutenir tout candidat, quel qu’il soit, pourvu qu’il se dresse contre les menaces sociales ? Pire, alors que les électeurs traditionnels de gauche, autrefois syndiqués en masse à la CGT, clament leur désespoir pour que les Jaurès de demain reprennent la main, le premier syndicaliste de France appelle à faire barrage au Front national, s’interposant aux gestes de désespoir de son propre électorat. Ne laissant aux militants aucune autre alternative que de voter pour un candidat qu’ils ont combattu avec acharnement quelques années auparavant, Philippe Martinez se fait complice d’une stratégie politique qui bénéficie à un Parti socialiste tout aussi mourant que le Parti communiste, mais qui remporte une victoire que les médias fêtent comme un phénomène historique. Il y a fort à parier que, se dressant contre ses propres structures syndicales qui appellent à ne pas participer à cette tromperie généralisée, l’écart entre les ouvriers et le syndicalisme se creusera davantage. Pire, cette sombre mésaventure contribuera à accentuer la grave crise que traverse actuellement la CGT, sanctionnant l’incapacité de ses dirigeants à défendre résolument les intérêts de ses militants, ouvriers, chômeurs et autres soutiens qui s’apprêtent à voir ailleurs. Ces dirigeants se trompent évidemment de suivre l’air du temps qui n’est que l’air que respire l’oligarchie financière aux Bahamas. La CGT devait s’opposer unanimement et au vote Macron, et au vote Le Pen. Ne faire qu’exclusivement « barrage au Front national », c’était affirmer le jeu trompeur des politiques, transposé au monde syndical et condamné par les ouvriers.

La campagne pour l’élection présidentielle a montré, malgré les efforts permanents à soutenir le candidat de l’oligarchie, Emmanuel Macron, toutes les contradictions qui opposent l’aristocratie politique et syndicale au peuple besogneux et endetté. Si le succès de l’oligarchie est incontestable, il ne réside non seulement dans la victoire de son poulain, thuriféraire d’une Europe du capital et des échanges mondiaux, mais surtout dans sa capacité à se cacher derrière des « phénomènes de société ». Ainsi, l’opposition entre le capital et le travail se masque derrière un front nouveau qui oppose les travailleurs bénéficiant de la mondialisation et ceux qui en sont exclus. Et ce sont encore les médias qui soutiennent la position la plus « raisonnable » qui soit, à savoir celle d’accompagner un candidat « jeune », « moderne » et « dynamique » qui saura ressusciter la France des beaux jours. Sauf que cette France, qui a désormais compris qu’un nouveau clivage politique s’est installé, s’opposera dorénavant entre celle d’en bas et celle d’en haut, cette dernière n’étant plus exclusivement constituée des tenants du capital. Si l’opposition entre le candidat du Front national et le candidat du « front républicain » se fait désormais traditionnelle, la stratégie héritée de François Mitterrand ne fonctionne plus comme un levier de la victoire socialiste finale, mais comme le dernier espoir d’une masse croissante d’électeurs déçus. Personne, sinon ces électeurs-là, n’a tiré la leçon d’une telle catastrophe. Au vu des intentions que souhaite enfin concrétiser le président Macron, à savoir entre autre compléter la loi de son ex-collègue Myriam El Khomri par un train de mesures plus intense encore que ce qu’il ne pouvait imaginer dans sa propre loi, la « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances », dite Macron, il est clair que les travailleurs fidèles à Le Pen grossiront les rangs de l’extrême droite, accentuant une tension sociale explosive. Du point de vue syndical transparaît de la même manière une opposition qui se fait désormais visible par les fameux « cortèges de tête », accompagnant systématiquement les manifestations syndicales. Ce sont ces travailleurs et chômeurs du désespoir qui, opposés à la comédie syndicale, montrent ostensiblement leur désapprobation en usant de violence. Les pouvoirs n’ont apparemment pas conscience de la force que représente cette nouvelle contestation, car l’histoire nous montre que c’est toujours ce genre de contestation qui est à l’origine de véritables bouleversements sociaux, avec des conséquences qu’il n’est pas possible de prévoir à ce jour. Autant la situation politique que syndicale ne saurait, en fonction des évolutions récentes, juguler la montée d’une telle colère. Et les médias n’auront très probablement pas le poids nécessaire pour incriminer les violences comme de vulgaires velléités à détruire pour le plaisir. Dans la mesure où les conditions sociales pèsent lourdement sur l’ensemble de la société, il devient évident que les violences perpétrées n’ont rien de violences gratuites, mais participent à une stratégie construite par des groupes de plus en plus nombreux et de mieux en mieux organisés.

On cite parfois Thucydide, homme politique athénien, qui affirmait en son temps déjà que

L’histoire est un perpétuel recommencement.

Si les révolutions dans le monde entier semblent confirmer cet adage, les origines et les évolutions politiques et sociales qui ont contribué aux révolutions ne sont jamais les mêmes. Les évolutions d’aujourd’hui ont pris une forme à ce point iconoclaste qu’il est difficile pour le commun des mortels, c’est-à-dire le téléspectateur qui ne fait son opinion qu’à travers les « débats » télévisuels, de comprendre cette mutation sociale. Si les idéologies se sont construites au fil des siècles en schématisant leur opposition par la place des groupes politiques au sein des assemblées, à droite, à gauche, au centre ou ailleurs, à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, elles n’ont plus aucune validité, car elles ne cristallisent plus des réalités sociales changeantes. Ces réalités affrontent de la même manière les comportements de contestation qui prennent des allures plus radicales, s’opposant à un positionnement politique qui ne traduit nullement les aspirations du peuple. Dans ce cadre très particulier, que signifie la lutte des classes, sinon que celle qui est condamnée par les médias de l’oligarchie, par opposition à une lutte très symbolique que comptent perpétuer des dirigeants syndicaux irresponsables.

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